N'importe Quoi pour des Gens Bien

DIY et tranches de vie

Category: Comment on…

Les gens vraiment bien qu’on croise

Comment on joue – Adil

Adil, on a eu Gé et moi la chance de le cotoyer rapidement sur les bancs de l’école de commerce, puis surtout de suivre ses cours de théâtre pendant quatre ans. C’était différent de tout ce qu’on connaissait, et pourtant on en a essayé des profs de théâtre ! C’était beau, intéressant, physique, cool, bizarre parfois, et surtout ça nous demandait toujours d’aller chercher plus loin, d’oser des choses, d’oser se lancer.

Alors aujourd’hui j’ai eu envie qu’il nous raconte ce qu’il avait en tête Adil. Comment ça se passe une reconversion et qu’est ce que ça implique.

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Comment on s’étonne – Anne-Sophie

Quand on se promène avec Anne-So, dans la rue, au ciné, dans une expo, on sait qu’il y a toujours un moment où elle va dégainer son téléphone pour prendre en photo quelqu’un qui passe ou un tag sur un mur, pour enregistrer quelqu’un qui a un accent… Elle met en boîte tous ces petits moments du quotidien qu’on remarque à peine. Et ça me fascine, de pouvoir s’étonner du quotidien, de remarquer toutes ces petites choses loufoques qui croisent notre route. Alors j’ai essayé de comprendre sa démarche, et les sujets qui l’inspiraient. Ca ressemble à une collection, sans but particulier, mais tellement cool à reregarder.

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« Il n’y a pas de recherche. Tu vois bien des choses belles dans ta journée que tu aimerais prendre en photo ? C’est l’idée, voilà. En général, ça vient soit parce que je vois des enfants qui font des trucs rigolos, soit des gens beaux.

Les enfants, ils ne savent pas ce que c’est que l’espace public. Ils sont chez eux. Comme ceux-là qui sont dehors en train de lire une BD.

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Je regarde aussi beaucoup les filles dans le métro. J’adore prendre en photo les gens beaux.

La dernière fois c’était une fille très belle devant moi dans le métro. Elle avait une peau incroyable. On aurait dit un tableau du 17 siècle. Ou hier, dans le train, un couple en face de moi. Lui dormait la tête sur sa tablette, et elle, elle lui caressait les cheveux. Alors qu’on était en seconde, que c’était bondé… le cadre était horrible !

Tu n’as jamais remarqué que par terre dans la rue, il y avait souvent des trucs bizarres ? Comme cette plâtrée de moule, en plein Paris.

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Ou ce soutien-gorge.

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Ou ce chien qui fait semblant d’être mort.

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Je trouve que dans des moments banals, il y a des choses très jolies. Il y en a que je n’arrive pas à reproduire. Pour les sons notamment, souvent quelqu’un me fait rire, mais il faut voir le personnage, c’est trop immédiat. Juste le son ça ne suffit pas à rendre le moment.

En réalité, je ne prends en photo qu’un millième des moments que j’aimerais capturer. Parce que ça ne rend pas, ou que je n’ai pas mon portable sous la main. Ou tout simplement parce que je ne sais pas vraiment prendre de photos ! Ca pourrait être beaucoup mieux.

Là, on est chez Zara. Et elle a juste posé son gamin sur le comptoir. Alors qu’il est assez grand pour tenir debout, mais non.

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Ca, c’est quand j’étais à Valence. Il y avait un genre de fête régionale. C’est chou, non ?

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Ca c’était au musée. C’est un gamin par terre. On dirait que sa mère le tient en laisse avec l’audioguide. Il ouvre sa bouche comme un petit chien, et elle, ça ne la dérange pas.

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J’aimerais voir ça comme de l’art, mais je ne trouve pas que le rendu soit très beau. Personne n’aurait envie de voir ça. Moi je les reregarde parfois, quand je suis dans le métro. C’est très rare que j’en envoie à des gens, en général c’est juste pour moi. J’ai essayé pendant un temps d’utiliser un vrai appareil photo, mais au final je ne l’avais jamais sur moi.

Je pense que tout le monde voit des choses touchantes, ou drôles, ou belles. C’est juste qu’on n’a pas l’idée de les photographier. »

Et puis, alors que j’avais éteint le dictaphone, Anne-So me sort des vieilles photos qu’elle a acheté dans une brocante à Istanbul. Elle les a choisies parce qu’elle aimait les expressions sur les visages, parce que ces inconnus l’ont touchée. Et au dos d’une photo d’un couple qui s’embrasse sur une plage, un petit mot… Combien d’entre nous seraient passés à côté ?

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Comment on rit – Linda

On ne rit jamais assez dans une vie, et Linda l’a bien compris. Elle a été une des toutes premières à se lancer dans le Yoga du Rire en Amérique du Nord, et est aujourd’hui la seule maître professeur de Yoga du Rire au Canada. Entre deux éclats de rire, elle a accepté de partager son enthousiasme avec nous…

Linda Leclerc

Le rire, c’est ton métier. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

J’ai bien de la chance de faire le métier que je fais !  De prime abord, on pourrait penser que ce n’est pas sérieux comme travail : j’apprends aux gens à rire… sans raison.  Mais c’est très sérieux ! Hahaha !

J’appuie mes interventions sur mon expérience personnelle – j’étais moi-même une employée qui avait perdu le sens du rire. Par contre, je n’ai jamais perdu mon sens de l’humour ! Sauf en période de très grand stress. À ce moment-là, je ne trouvais pas grand-chose de drôle et je le faisais sentir autour de moi.  À l’époque où j’occupais un poste important dans un établissement de santé, je croyais que je devais projeter une image sérieuse et austère pour avoir de la crédibilité. Quelle blague !

C’est maintenant prouvé. Les patrons qui rient avec leurs employés ont plus de collaboration de leur équipe et celle-ci devient alors plus créative et productive.

Lorsque je suis embauchée par une équipe de travail qui vit des tensions, qui est sous pression, bref, qui n’a vraiment pas envie de rire, ça demande du doigté, de l’expérience et de la passion ! Nous ne réalisons pas à quel point le stress nous rend sérieux… et est un tueur silencieux.  Ce n’est pas parce qu’un employé se permet de rire au travail qu’il n’est pas responsable ou sérieux dans ce qu’il fait. Mais, pour bien des gens, c’est ce qu’ils croient.

Alors plusieurs de mes interventions sont au niveau de la conscientisation de ce qui se passe dans notre corps (ce pauvre corps que l’on néglige et dont on ignore les besoins), lorsque nous vivons des périodes de stress prolongées. Rire quelques instants permet de défaire tous les nœuds créés par notre tension. Une fois que l’on comprend que rire peut devenir un redoutable adversaire pour combattre efficacement les méfaits du stress, la partie est presque gagnée ! Presque !  Parce qu’il reste encore à faire accepter ce que certaines études tendent à démontrer : que notre corps ne fera pas la différence entre un rire naturel et un rire simulé, si on le fait avec énergie et intention.  Nous en retirerons de nombreux bienfaits et notre rire simulé sera justement stimulé par celui des personnes qui nous entourent et qui font les exercices avec nous. C’est fantastique!

Je réalise vraiment la chance que j’ai. Je rencontre des gens formidables partout à travers le monde et je VOIS le changement qui s’opère en eux après mon passage.  Ça, c’est la partie extraordinaire de mon métier.

Comme en toutes choses, il y a le côté moins reluisant, les longues heures de préparation, les tâches fastidieuses. Mais le résultat en vaut vraiment la peine.

Bien sûr, je suis souvent en déplacement – je passe encore beaucoup de temps dans ma voiture, les trains et les avions, mais mon cœur est beaucoup plus léger maintenant.  J’ai les joues roses de plaisir, les yeux pétillants de joie et le sourire aux lèvres !

Peux-tu nous décrire une séance de yoga du rire ?

C’est très simple : nous rions, nous respirons et nous faisons des étirements. Chaque animateur choisit le déroulement de sa séance, mais en règle générale, nous commençons par faire quelques mouvements pour étirer notre corps et préparer nos muscles à rire. Nous faisons aussi des exercices d’ancrage avant de commencer la mise en train. L’animateur explique toujours ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons. Par exemple, nous tapons dans les mains d’une manière particulière en yoga du rire afin de stimuler les points d’énergie situés dans les mains. À ceci s’ajoute le refrain joyeux du « HO HO HA HA HA ! » qui est suivi d’un exercice de « Gibberish » ou « Charabia ». Suivra ensuite une série d’exercices de yoga du rire – le nombre varie selon la durée de la séance – entrecoupés d’étirements et de respirations profondes. Puis, après ces exercices, nous faisons ce qui s’appelle la méditation du rire – aussi appelée rire libre. Et ça, pour plusieurs, il s’agit du moment fort de la séance puisque c’est notre rire naturel qui jaillit librement.  Nous terminons par une relaxation, suivie d’un partage et nous repartons, le corps et le cœur légers !  La durée des séances est variable, mais en général, nous parlons de 45 à 70 minutes.  C’est tout bonnement formidable ! En si peu de temps, nous éliminons tout le stress accumulé et les tensions du quotidien… en riant.

Comment devient-on prof de yoga du rire ? Quel a été ton parcours ?

J’ai recommencé à rire pour de vrai en 2003 alors que j’étais initiée au yoga du rire. Je travaillais alors pour une grosse organisation caritative nord-américaine et, en fait, je travaillais beaucoup ! Je travaillais entre 55 et 80 heures par semaine, et le territoire que je couvrais était très grand, ce qui me faisait passer de longues et nombreuses heures dans ma voiture, à conduire dans des conditions routières pas toujours drôles. Ce qui devait arriver arriva : j’ai eu un accident de voiture – rien de grave ni de spectaculaire, mais assez pour que je me retrouve avec une blessure au cou, des séquelles permanentes et un abonnement chez le kiné pendant des mois. C’est alors que j’ai lu un article en anglais sur les bienfaits du rire et le « Laughter Yoga ». Cet article m’a laissée songeuse…  je n’arrivais pas à me souvenir de mon dernier fou rire ! Horreur !!! Je ne riais plus !  Un peu oui, mais un éclat de rire qui dure et qui vient du ventre ? Ça, non.  En rentrant à la maison, j’ai tout de suite « googlé » Laughter Yoga et me suis inscrite à une formation d’animateur.

J’ai eu une révélation.  Je pouvais rire à volonté sans attendre que quelque chose me fasse rire. Tout mon être s’était remis à rire pendant ce weekend et je voulais que ça continue !

J’ai tout de suite démarré un club de rire dans ma communauté, suis devenue professeur de yoga du rire en 2005 alors que Dr Kataria (« inventeur » du Yoga du Rire, NDLR) commençait à peine à former des professionnels pour enseigner la méthode. Et en 2010, le Dr Kataria m’a désignée « Maître professeur » pour le Canada. Tout ça n’arrive pas par miracle ! Ça demande de la pratique, de la persévérance, de l’expérience et… du talent ! Hahaha !  J’ai également reçu la distinction « Laughter Ambassador Award » à deux reprises et je suis très fière de tout ça.

Je donne maintenant des conférences, j’enseigne la méthode et j’anime des ateliers qui permettent aux gens de rire à volonté – pour leur grand bonheur mais aussi pour améliorer leur santé.

En 2011, j’ai écrit un livre avec ma collègue et amie Corinne Cosseron (Corinne a fondé la 1ère école internationale du rire en France, NDLR), ‘Le Yoga du Rire’. Le livre publié chez Guy Trédaniel Éditeur en est à sa 2e édition – j’en suis très fière d’ailleurs !

Je crois qu’au fil des années, j’ai contribué à créer des outils qui sont utilisés dans la Francophonie pour donner des « munitions de rire » aux gens qui en avaient besoin. Cet automne, j’ai mis en ligne deux nouvelles applications pour smartphone (iOs) : RIRE+ et Let’s Laugh!

J’ai recommencé à rire pour de vrai en 2003 et je n’ai plus jamais arrêté. 

Quel genre de personnes y-a-t-il dans tes cours ? Que recherchent-ils ?

Oh les raisons pour lesquelles les gens choisissent d’entreprendre une démarche joyeuse sont multiples. Parfois, les personnes souhaitent passer un bon moment, se défouler ou se donner simplement la permission de rire fort et longtemps sans que personne leur dise d’arrêter !  Je crois que le point commun pour tous est le besoin de retrouver ce plaisir simple et si bienfaisant qu’est le fou rire.

Je ne crois pas qu’il y ait un profil type du participant mais il y a curieusement souvent plus de femmes que d’hommes dans les séminaires grand public et dans les clubs de rire. Et les gens ont cet objectif commun de rire, rire, rire !  Sans juger, sans évaluer, sans critiquer.

Et puis un fou-rire partagé, ça créé des liens vraiment chouettes entre les gens !  Ils ne se connaissent peut-être pas en début de programme mais après avoir ri un bon coup ensemble, ils deviennent amis ! J’adore ça !

Pratiquer le yoga du rire, est ce que ça aide à rire plus au quotidien ?

HAHAHA ! C’est le bonus !  Plus nous rions à travers les exercices de yoga du rire et plus nous devenons aptes à rire dans la vie de tous les jours.  Tous les tracas peuvent devenir prétexte à en rire.  Une petite blessure ?  Le rire du bobo. Un oubli ou une gaffe ? Le rire de soi…  Une corvée quelconque ? Le rire de la corvée ! Plus nous pratiquons et plus nous sommes capables de rire pour de vrai plus souvent au quotidien.  Et sinon, il y a toujours les exercices que nous pouvons faire chaque jour – c’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai préparé ces apps à télécharger sur son mobile : pour les utiliser au besoin.

Quelles influences est-ce-que ça a sur ta vie de tous les jours ?

Je dirais que je suis plus zen et que j’ai le cœur plus léger. Je suis comme tout le monde et je ressens les mêmes émotions – des joyeuses et des moins faciles – mais je sais que la lumière brille quelque part et que ce n’est qu’un moment à passer. Quand je termine un programme avec un groupe par exemple, j’ai tellement rigolé que tout mon corps est chargé d’énergie positive !  Rien ne peut m’affecter sérieusement car je suis chargée à bloc… de joie. Ça pétille et c’est diablement vivant ! Peu importe ce qui pourrait arriver, je prends tout avec un simple haussement d’épaule. J’ai déjà percuté un parpaing que je n’avais pas vu en faisant une marche arrière, et ma réaction a été : « Eh bien. Je ne l’avais vraiment pas vu celui-là. »  Rien de dramatique…

Les jours où je ne fais pas mes « gammes de rire », j’ai le sentiment qu’il manque vraiment quelque chose dans ma journée.  Rien à faire, je suis devenue complètement accro ! J’en veux chaque jour ! Je ne ris pas tout le temps, mais ma vie est plus belle parce que je ris plus souvent.

Pendant les séances de yoga du rire, on sépare humour et rire. Est ce que ça aide malgré tout à développer son sens de l’humour ?

Eh bien justement, oui !  La beauté du yoga du rire est que nous n’attendons pas qu’il y ait quelque chose de drôle pour déclencher notre rire. Nous décidons de rire et nous pouvons le faire. Nul besoin d’utiliser son sens de l’humour… mais, plus nous rions physiquement, plus nos muscles de rire sont en forme et plus nous réagissons rapidement et facilement aux stimuli d’humour.  Quelque chose qui ne nous aurait à priori pas fait rire, peut devenir follement hilarant quand nous nous entraînons à rire !

C’est une roue qui tourne. Le rire entraîne l’humour, qui entraîne le rire, qui entraîne l’humour…  Plus nous rions et plus les choses deviennent drôles. Parlez-en à mes voisins au cinéma ! 

Quels conseils donnerais-tu a quelqu’un qui souhaite rire plus ?

Je leur dirais de passer à l’action et de le faire ! Tout simplement ! Cherchez (et multipliez) les occasions de rire, passez plus de temps avec vos copains qui vous font rire, choisissez des films drôles, des comédies… Entourez-vous de personnes qui rient. Fréquentez un club de rire. Téléchargez des podcasts (mes apps pourquoi pas!) pour vous aider. Inscrivez-vous à des programmes en ligne pour vous aider à rire plus (je suis d’ailleurs en plein processus de création d’une plateforme web et téléphonique pour démarrer sa journée en riant – ce sera formidablement puissant !). Créez une banque de vidéo rigolotes – YouTube est une source incroyable pour rire de toutes sortes de choses…

N’ayez pas peur du regard des autres ni de leur jugement. Faites-le pour vous et pour votre plus grand bien. Décidez, préparez-vous, équipez-vous et lancez-vous ! RIEZ !  Tout bonnement !  Même si ce n’est que quelques secondes au début, lancez-vous le défi de rire un peu plus chaque jour. Riez sous la douche, dans votre voiture, en marchant…  RIEZ !

Comment on s’habille – Joséphine

Il y a des gens qui bossent dans le secteur qui les botte, et qui ont le courage d’explorer des nouveaux terrains. Joséphine en fait partie : après plusieurs années à travailler pour de grandes marques de prêt-à porter, elle a décidé il y a presqu’un an de se lancer à son compte et de devenir styliste.
Joséphine

En quoi consiste ton métier ?

J’habille des personnalités pour la télé, des shootings, des soirées… Mon rôle c’est de trouver une tenue adaptée à l’image qu’ils veulent véhiculer. Je travaille avec les bureaux de presse, qui gèrent l’image médiatique des marques, et prêtent des vêtements pour habiller les célébrités.
C’est un milieu très compliqué, il faut être connu, ou habiller quelqu’un de connu. Il faut vraiment batailler pour obtenir des rendez-vous, et se faire prêter des choses. Souvent, les bureaux de presse n’ont qu’un prototype en une seule taille, du coup il ne suffit pas de repérer ! Il faut également faire attention, lorsqu’une pièce est trop forte, qu’elle n’ait pas déjà déjà portée par une autre célébrité.

Comment en es-tu arrivée là ?

Je travaille dans la mode depuis longtemps mais j’avais envie de trouver un travail plus indépendant, de ne plus être derrière un bureau.
En allant à Los Angeles l’été dernier, j’ai découvert le métier de styliste. Là bas, c’est un métier très reconnu qui permet de bien gagner sa vie. C’est très différent en France.
J’ai eu mon premier contrat grâce à une amie qui travaille à la presse pour une marque de prêt-à-porter. Elle m’a mis en lien avec un agent d’artistes, et c’est comme ça que ça a commencé ! J’ai du habiller une actrice pour 20 télés.

Qu’est ce qui te motive au quotidien ?

Ca n’est jamais pareil, chaque contrat est un challenge. On t’appelle deux jours avant en te disant que tu vas devoir habiller unetelle pour les NRJ Music Awards, et là en 48h, tu dois chercher des idées, prendre des rendez-vous, proposer des choses, que ça lui plaise… Quand on habille quelqu’un, il faut penser à tout, des bijoux jusqu’aux chaussures. A chaque fois je me dis : je ne sais pas comment je vais faire ! Et puis, en cherchant, en bossant, j’arrive toujours à m’en sortir.
Quand j’ai débuté, je ne savais pas du tout comment m’y prendre, ni à qui m’adresser. C’était amusant de tricoter son réseau, de comprendre comment ça marche. C’est très différent de mon ancien métier.

Qu’est ce qui t’amuse le plus entre la télé, les shootings… ?

Récemment j’ai travaillé sur un shooting pour une marque. Je me suis rendu compte qu’en changeant le look et la lumière d’une photo, on raconte des histoires complètement différentes. J’aime réfléchir à ce qu’on veut dire, trouver une cohérence. C’est un travail qui se fait main dans la main avec le photographe.

Comment fais-tu pour t’adapter aux personnalités des gens que tu dois habiller ?

J’ai l’impression d’avoir un métier beaucoup plus humain que ce que je faisais avant. Il faut essayer de comprendre les gens, les écouter, s’adapter, même si ce n’est pas du tout ton style ! Mais il faut faire attention à ne pas se faire bouffer, surtout face à de gros égos, il faut trouver sa place et réussir à se faire respecter.

Où vas-tu chercher l’inspiration ?

Je ne pense pas être une modeuse : je m’en fous des grandes marques et du luxe. Je n’ai pas du tout ce culte là de la mode. Pour moi, la mode c’est chacun son style. Il faut bien sur être dans l’ère du temps, mais une tenue réussie c’est quelque chose qui te va bien. Se sentir jolie ça marche beaucoup mieux que de porter le truc qu’il faut absolument porter.
La 1ère actrice que j’ai habillé, par exemple, revenait après quelques années d’absence. Elle se posait de vraies questions sur son image. En discutant avec elle, j’ai essayé de cerner sa personnalité et l’image qu’elle voulait renvoyer, et j’espère avoir réussi à lui proposer des choses adaptées. C’est ça qui m’intéresse, pas de lui dire qu’elle doit porter tel ou tel truc.

Est-ce que tu sens que ça a une influence sur ton rapport à la mode au quotidien ?

Non, parce que je travaille dans ce milieu depuis longtemps, j’ai déjà monté ma marque. J’ai toujours eu ce rapport à l’observation, aux recherches. J’aime bien chiner, voir ce qui se fait.

Quel est ton rêve de réussite ?

J’aimerais trouver des contrats plus récurrents, qui permettent de mieux gagner sa vie. La publicité peut offrir ce genre d’opportunités. Ca me permettrait d’être plus sereine.
Les célébrités c’est toujours très last-minute, alors qu’avec des shootings photos c’est plus structuré, on a le temps de créer.
Je retourne à Los Angeles cet été pour mieux comprendre comment ça fonctionne. Je suis curieuse de voir comment mon book sera reçu là bas. Je me vois pourquoi pas à l’étranger ! Au Etats-Unis, ou au Japon où ils adorent la French Touch.

Quel conseil tu donnerais à quelqu’un qui veut se lancer ?

Il faut avoir un excellent réseau ! Ca marche beaucoup comme ça.
Et je conseillerais de ne pas faire que ça comme métier. Soit trouver un job récurrent, – une personne à habiller tous les jours – où alors, faire d’autres choses à côté pour ne pas s’user. Il faut lutter pour chaque contrat, il y a beaucoup de démarchage pour peu de résultats. La réalité du métier est difficile. J’adore ce que je fais, mais je ne compte pas que là dessus (NDLR : Joséphine fait également du conseil en développement de collection pour des marques). Si je ne faisais que ça j’en serais déjà lassée. Alors que pour l’instant, j’ai l’impression qu’à chaque shooting c’est un peu la récré ! Ca m’amuse, ça n’est pas du travail.–

Retrouvez toutes les réalisations de Joséphine sur son Tumblr.

Comment on mange – Patrice

Le truc cool dans la vie, c’est qu’il y a des gens bien. Et parfois, on les croise. Aujourd’hui, on donne la parole à l’un d’entre eux, Patrice, cuisinier philosophe, sur pourquoi la cuisine c’est un acte d’amour, même si c’est difficile, les jeunes tatoués et les petits producteurs. Cette interview a été réalisée au Youpi & Voilà, son restaurant, 36 heures avant sa fermeture. Pas d’inquiétude, on vous tiendra au courant de son prochain spot pour que vous aussi vous puissiez vous régaler. Bon appétit !

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Comment es-tu arrivé là, quel est ton parcours ?

C’est un peu par hasard. Je suis arrivé ici, du moins à la cuisine, par petites touches, assez tôt, enfant. Pas mal de repas de familles, un père très sur les produits, qui aimait faire à manger ; une grand-mère nourricière, avec beaucoup d’amour. Et petit à petit, ça s’est fait comme une évidence. Après mon parcours à l’école, à un moment donné il a fallu choisir, et j’ai choisi la cuisine. Sans vraiment de passion à la base, et puis c’est un métier que j’ai appris à apprivoiser. J’ai essayé de trouver « pourquoi ce métier ? ». Il a fallu que j’y trouve une philosophie, une accroche pour que ça m’intéresse vraiment.
Au début, ça a été vraiment de la souffrance. Tu sais quand tu tombes dans des restos où il n’y a pas vraiment de philosophie, où c’est juste envoyer de la nourriture, sans vraiment penser ou conscientiser le truc, c’est vite beaucoup d’horaires, et vite atroce en fait. C’est quand même un milieu très macho, très hiérarchique, assez militaire. Le jeune Patrice au départ a vraiment galéré, et il y a des moments où j’ai voulu arrêter.

Et puis est arrivé un resto dans le Tarn, où je me suis installé, et où j’ai cultivé vraiment l’idée, l’essence de mon métier. J’ai trouvé l’accroche qui fait que ce métier n’est pas complètement con. Je te parle de ça, c’était en 98, avant que ce soit la mode du bio, la mode du vin nature, que les cuisiniers soient des rock stars. J’ai commencé moi à m’attacher à ce que les gens produisaient, à l’écologie, aux agriculteurs, à développer un réseau d’humains, d’humanistes, qui avaient la même envie que moi, et la même idée : pourquoi nourrir les gens ? Quel est l’intérêt ? Qu’est-ce qu’on défend ?

Et petit à petit, c’est un courant qui a grandi et qui aujourd’hui sur Paris est un peu à la mode. Voilà, c’est ça mon parcours. Aujourd’hui c’est la défense même de pourquoi on achète quelque chose, comment c’est cultivé, quel est notre impact? Être un peu cuisinier philosophe.

Comment tout ça se traduit dans ta cuisine au quotidien ?

Concrètement, je le traduis déjà par mes achats, par ce que je défends. Toujours tabler sur des petits producteurs, l’agriculture raisonnée, la pêche avec des petits bateaux qui rentrent le soir, les vins nature, sans traitements chimiques, biodynamiques. Travailler avec des gens qui réfléchissent à l’impact de la nourriture sur la planète. Nous, on est une petite structure, avec peu de couverts. On veut rester à une échelle humaine. Que ce soit cohérent en termes d’humanité, sinon pour moi ça ne tient pas.

Quel écho a cette démarche auprès de tes clients ?

Tous ne sont pas ouverts à ça. Certains viennent juste au resto pour manger, boire et bonsoir. Parfois c’est dur parce que les gens sont fermés, un steak c’est un steak, un poisson c’est un poisson, mais parfois il y a des gens que ça intéresse. Si tu arrives à raconter toute l’histoire, tu arrives à ouvrir les gens.
Il y a des gens réceptifs et pas d’autres. On n’est pas là pour sauver la planète. On travaille par petite touche. Si tu fais ça pour sauver la planète, ce que je pensais faire à un moment, tu ramasses trop. C’est difficile. Faire à manger c’est déjà un acte d’amour, quelque chose d’énorme. C’est un don de soi gigantesque, c’est beaucoup de boulot. Quand tu as des gens en face de toi qui sont peu réceptifs à tout ça, ça peut être très décevant, tu peux y laisser des plumes.

D’où est-ce que tu puises ton inspiration ?

Des gens, de ma femme, de mes enfants, de la nature. Il n’y a pas de choses précises. Ça peut être en flânant, en voyant des gens passer, des sensations. Parfois j’ai des commandes un peu spéciales comme hier soir [pour le Palais de Tokyo], « Au bord des mondes ». Mais sinon, ce n’est pas précis. Ça peut venir de légumes, ça peut venir d’un vin. En général je travaille assez spontanément.

Tu arrives le matin et tu crées les recettes comme ça ?

Non pas tout le temps quand même, on n’est pas des machines ! Ça peut être une balade en forêt, une sensation, des odeurs qu’on essaie de mettre en plats.

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Quels sont tes plans pour la suite ?

À un moment donné je me suis dit que j’allais tout arrêter. Et avec Stéphane on a bien parlé, et on a une idée d’une autre manière de faire la cuisine. Encore plus proche des gens. Entre la démo culinaire et le « viens manger à la maison ». On aimerait avoir une boutique divisée en deux, avec une arrière-salle où on ferait comme une table d’hôte. Que ce soit plus léger, que le discours soit là tout le temps. Avec un resto comme ça, déjà grand pour nous, le discours ne passait pas tout le temps, parce que tu es pressé, parce que tu ne sens pas les clients réceptifs, tu ne t’attardes pas. Et en fait il faut le faire ce chemin. Réduire encore plus, être plus petits, mais plus proches. Une ambiance « autour du piano », où les gens se lèvent, finissent le repas avec toi. Comme un appartement.

Quels conseils tu donnerais à des gens qui voudraient se lancer dans la cuisine?

Bien réfléchir. C’est un métier qui demande beaucoup de temps, c’est un vrai don de soi. C’est à la mode aujourd’hui, on voit beaucoup de jeunes sur le marché, tatoués, un peu rock’n’roll. C’est un engagement, il faut faire ça avec passion, ou en tout cas avec une idée derrière, une réelle envie. Après c’est un beau métier, on se régale, on se régale de faire plaisir. C’est une perpétuelle découverte, il y a toujours un vin à découvrir… C’est vaste. On rencontre beaucoup de gens.

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Qu’est-ce que tu aimes cuisiner ?

Je ne pense pas qu’il y ait un truc que j’aime cuisiner. J’adore les légumes, je mettrais les tomates en premier. Ça me rend fou. Quand les beaux jours arrivent, j’ai du mal à me dire « ce n’est que juillet la saison » ! Le légume, en règle générale, est un des règnes les plus fous en termes de goût, de diversité. Si tu prends les plantes, c’est quand même ce qu’il y a de plus riche. Tu prends les poissons, tu en as vite fait le tour. Avant d’aller pêcher le dernier poisson au fin fond, qui a peut-être un goût… C’est quand même assez simple, et c’est pareil pour les viandes. On ne mange pas encore du serpent et tout ça par ici. Le règne végétal, c’est le plus dingue. C’est ce que j’aime cuisiner.
Ici, c’est une table où on aime cuisiner du légume. On n’est jamais surpris par des végétariens qui viennent ici, on a toujours au moins trois légumes, et pas que du riz et des frites.

Un message à faire passer ?

Faire attention à ce qu’on mange, vraiment. Manger avec conscience. Beaucoup disent que le bio c’est trop cher. Je pense vraiment qu’il faut qu’on mange moins, mais qu’on mange mieux. Je crois qu’il vaut mieux aller s’acheter un bout de viande une fois par semaine, mais qu’il soit de qualité, que ce soit vraiment un paysan derrière, plutôt que l’idée d’en manger tous les jours. C’est pareil pour les légumes. Il vaut mieux se faire une soupe avec des vrais légumes, bien cultivés, nourrissants pour la tête et pour le corps, et pas se rendre malade. Il faut manger avec conscience du gaspillage, de la solidarité. On a fait beaucoup d’erreurs, pas mal de merde, il serait temps de faire attention.