On ne rit jamais assez dans une vie, et Linda l’a bien compris. Elle a été une des toutes premières à se lancer dans le Yoga du Rire en Amérique du Nord, et est aujourd’hui la seule maître professeur de Yoga du Rire au Canada. Entre deux éclats de rire, elle a accepté de partager son enthousiasme avec nous…

Linda Leclerc

Le rire, c’est ton métier. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

J’ai bien de la chance de faire le métier que je fais !  De prime abord, on pourrait penser que ce n’est pas sérieux comme travail : j’apprends aux gens à rire… sans raison.  Mais c’est très sérieux ! Hahaha !

J’appuie mes interventions sur mon expérience personnelle – j’étais moi-même une employée qui avait perdu le sens du rire. Par contre, je n’ai jamais perdu mon sens de l’humour ! Sauf en période de très grand stress. À ce moment-là, je ne trouvais pas grand-chose de drôle et je le faisais sentir autour de moi.  À l’époque où j’occupais un poste important dans un établissement de santé, je croyais que je devais projeter une image sérieuse et austère pour avoir de la crédibilité. Quelle blague !

C’est maintenant prouvé. Les patrons qui rient avec leurs employés ont plus de collaboration de leur équipe et celle-ci devient alors plus créative et productive.

Lorsque je suis embauchée par une équipe de travail qui vit des tensions, qui est sous pression, bref, qui n’a vraiment pas envie de rire, ça demande du doigté, de l’expérience et de la passion ! Nous ne réalisons pas à quel point le stress nous rend sérieux… et est un tueur silencieux.  Ce n’est pas parce qu’un employé se permet de rire au travail qu’il n’est pas responsable ou sérieux dans ce qu’il fait. Mais, pour bien des gens, c’est ce qu’ils croient.

Alors plusieurs de mes interventions sont au niveau de la conscientisation de ce qui se passe dans notre corps (ce pauvre corps que l’on néglige et dont on ignore les besoins), lorsque nous vivons des périodes de stress prolongées. Rire quelques instants permet de défaire tous les nœuds créés par notre tension. Une fois que l’on comprend que rire peut devenir un redoutable adversaire pour combattre efficacement les méfaits du stress, la partie est presque gagnée ! Presque !  Parce qu’il reste encore à faire accepter ce que certaines études tendent à démontrer : que notre corps ne fera pas la différence entre un rire naturel et un rire simulé, si on le fait avec énergie et intention.  Nous en retirerons de nombreux bienfaits et notre rire simulé sera justement stimulé par celui des personnes qui nous entourent et qui font les exercices avec nous. C’est fantastique!

Je réalise vraiment la chance que j’ai. Je rencontre des gens formidables partout à travers le monde et je VOIS le changement qui s’opère en eux après mon passage.  Ça, c’est la partie extraordinaire de mon métier.

Comme en toutes choses, il y a le côté moins reluisant, les longues heures de préparation, les tâches fastidieuses. Mais le résultat en vaut vraiment la peine.

Bien sûr, je suis souvent en déplacement – je passe encore beaucoup de temps dans ma voiture, les trains et les avions, mais mon cœur est beaucoup plus léger maintenant.  J’ai les joues roses de plaisir, les yeux pétillants de joie et le sourire aux lèvres !

Peux-tu nous décrire une séance de yoga du rire ?

C’est très simple : nous rions, nous respirons et nous faisons des étirements. Chaque animateur choisit le déroulement de sa séance, mais en règle générale, nous commençons par faire quelques mouvements pour étirer notre corps et préparer nos muscles à rire. Nous faisons aussi des exercices d’ancrage avant de commencer la mise en train. L’animateur explique toujours ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons. Par exemple, nous tapons dans les mains d’une manière particulière en yoga du rire afin de stimuler les points d’énergie situés dans les mains. À ceci s’ajoute le refrain joyeux du « HO HO HA HA HA ! » qui est suivi d’un exercice de « Gibberish » ou « Charabia ». Suivra ensuite une série d’exercices de yoga du rire – le nombre varie selon la durée de la séance – entrecoupés d’étirements et de respirations profondes. Puis, après ces exercices, nous faisons ce qui s’appelle la méditation du rire – aussi appelée rire libre. Et ça, pour plusieurs, il s’agit du moment fort de la séance puisque c’est notre rire naturel qui jaillit librement.  Nous terminons par une relaxation, suivie d’un partage et nous repartons, le corps et le cœur légers !  La durée des séances est variable, mais en général, nous parlons de 45 à 70 minutes.  C’est tout bonnement formidable ! En si peu de temps, nous éliminons tout le stress accumulé et les tensions du quotidien… en riant.

Comment devient-on prof de yoga du rire ? Quel a été ton parcours ?

J’ai recommencé à rire pour de vrai en 2003 alors que j’étais initiée au yoga du rire. Je travaillais alors pour une grosse organisation caritative nord-américaine et, en fait, je travaillais beaucoup ! Je travaillais entre 55 et 80 heures par semaine, et le territoire que je couvrais était très grand, ce qui me faisait passer de longues et nombreuses heures dans ma voiture, à conduire dans des conditions routières pas toujours drôles. Ce qui devait arriver arriva : j’ai eu un accident de voiture – rien de grave ni de spectaculaire, mais assez pour que je me retrouve avec une blessure au cou, des séquelles permanentes et un abonnement chez le kiné pendant des mois. C’est alors que j’ai lu un article en anglais sur les bienfaits du rire et le « Laughter Yoga ». Cet article m’a laissée songeuse…  je n’arrivais pas à me souvenir de mon dernier fou rire ! Horreur !!! Je ne riais plus !  Un peu oui, mais un éclat de rire qui dure et qui vient du ventre ? Ça, non.  En rentrant à la maison, j’ai tout de suite « googlé » Laughter Yoga et me suis inscrite à une formation d’animateur.

J’ai eu une révélation.  Je pouvais rire à volonté sans attendre que quelque chose me fasse rire. Tout mon être s’était remis à rire pendant ce weekend et je voulais que ça continue !

J’ai tout de suite démarré un club de rire dans ma communauté, suis devenue professeur de yoga du rire en 2005 alors que Dr Kataria (« inventeur » du Yoga du Rire, NDLR) commençait à peine à former des professionnels pour enseigner la méthode. Et en 2010, le Dr Kataria m’a désignée « Maître professeur » pour le Canada. Tout ça n’arrive pas par miracle ! Ça demande de la pratique, de la persévérance, de l’expérience et… du talent ! Hahaha !  J’ai également reçu la distinction « Laughter Ambassador Award » à deux reprises et je suis très fière de tout ça.

Je donne maintenant des conférences, j’enseigne la méthode et j’anime des ateliers qui permettent aux gens de rire à volonté – pour leur grand bonheur mais aussi pour améliorer leur santé.

En 2011, j’ai écrit un livre avec ma collègue et amie Corinne Cosseron (Corinne a fondé la 1ère école internationale du rire en France, NDLR), ‘Le Yoga du Rire’. Le livre publié chez Guy Trédaniel Éditeur en est à sa 2e édition – j’en suis très fière d’ailleurs !

Je crois qu’au fil des années, j’ai contribué à créer des outils qui sont utilisés dans la Francophonie pour donner des « munitions de rire » aux gens qui en avaient besoin. Cet automne, j’ai mis en ligne deux nouvelles applications pour smartphone (iOs) : RIRE+ et Let’s Laugh!

J’ai recommencé à rire pour de vrai en 2003 et je n’ai plus jamais arrêté. 

Quel genre de personnes y-a-t-il dans tes cours ? Que recherchent-ils ?

Oh les raisons pour lesquelles les gens choisissent d’entreprendre une démarche joyeuse sont multiples. Parfois, les personnes souhaitent passer un bon moment, se défouler ou se donner simplement la permission de rire fort et longtemps sans que personne leur dise d’arrêter !  Je crois que le point commun pour tous est le besoin de retrouver ce plaisir simple et si bienfaisant qu’est le fou rire.

Je ne crois pas qu’il y ait un profil type du participant mais il y a curieusement souvent plus de femmes que d’hommes dans les séminaires grand public et dans les clubs de rire. Et les gens ont cet objectif commun de rire, rire, rire !  Sans juger, sans évaluer, sans critiquer.

Et puis un fou-rire partagé, ça créé des liens vraiment chouettes entre les gens !  Ils ne se connaissent peut-être pas en début de programme mais après avoir ri un bon coup ensemble, ils deviennent amis ! J’adore ça !

Pratiquer le yoga du rire, est ce que ça aide à rire plus au quotidien ?

HAHAHA ! C’est le bonus !  Plus nous rions à travers les exercices de yoga du rire et plus nous devenons aptes à rire dans la vie de tous les jours.  Tous les tracas peuvent devenir prétexte à en rire.  Une petite blessure ?  Le rire du bobo. Un oubli ou une gaffe ? Le rire de soi…  Une corvée quelconque ? Le rire de la corvée ! Plus nous pratiquons et plus nous sommes capables de rire pour de vrai plus souvent au quotidien.  Et sinon, il y a toujours les exercices que nous pouvons faire chaque jour – c’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai préparé ces apps à télécharger sur son mobile : pour les utiliser au besoin.

Quelles influences est-ce-que ça a sur ta vie de tous les jours ?

Je dirais que je suis plus zen et que j’ai le cœur plus léger. Je suis comme tout le monde et je ressens les mêmes émotions – des joyeuses et des moins faciles – mais je sais que la lumière brille quelque part et que ce n’est qu’un moment à passer. Quand je termine un programme avec un groupe par exemple, j’ai tellement rigolé que tout mon corps est chargé d’énergie positive !  Rien ne peut m’affecter sérieusement car je suis chargée à bloc… de joie. Ça pétille et c’est diablement vivant ! Peu importe ce qui pourrait arriver, je prends tout avec un simple haussement d’épaule. J’ai déjà percuté un parpaing que je n’avais pas vu en faisant une marche arrière, et ma réaction a été : « Eh bien. Je ne l’avais vraiment pas vu celui-là. »  Rien de dramatique…

Les jours où je ne fais pas mes « gammes de rire », j’ai le sentiment qu’il manque vraiment quelque chose dans ma journée.  Rien à faire, je suis devenue complètement accro ! J’en veux chaque jour ! Je ne ris pas tout le temps, mais ma vie est plus belle parce que je ris plus souvent.

Pendant les séances de yoga du rire, on sépare humour et rire. Est ce que ça aide malgré tout à développer son sens de l’humour ?

Eh bien justement, oui !  La beauté du yoga du rire est que nous n’attendons pas qu’il y ait quelque chose de drôle pour déclencher notre rire. Nous décidons de rire et nous pouvons le faire. Nul besoin d’utiliser son sens de l’humour… mais, plus nous rions physiquement, plus nos muscles de rire sont en forme et plus nous réagissons rapidement et facilement aux stimuli d’humour.  Quelque chose qui ne nous aurait à priori pas fait rire, peut devenir follement hilarant quand nous nous entraînons à rire !

C’est une roue qui tourne. Le rire entraîne l’humour, qui entraîne le rire, qui entraîne l’humour…  Plus nous rions et plus les choses deviennent drôles. Parlez-en à mes voisins au cinéma ! 

Quels conseils donnerais-tu a quelqu’un qui souhaite rire plus ?

Je leur dirais de passer à l’action et de le faire ! Tout simplement ! Cherchez (et multipliez) les occasions de rire, passez plus de temps avec vos copains qui vous font rire, choisissez des films drôles, des comédies… Entourez-vous de personnes qui rient. Fréquentez un club de rire. Téléchargez des podcasts (mes apps pourquoi pas!) pour vous aider. Inscrivez-vous à des programmes en ligne pour vous aider à rire plus (je suis d’ailleurs en plein processus de création d’une plateforme web et téléphonique pour démarrer sa journée en riant – ce sera formidablement puissant !). Créez une banque de vidéo rigolotes – YouTube est une source incroyable pour rire de toutes sortes de choses…

N’ayez pas peur du regard des autres ni de leur jugement. Faites-le pour vous et pour votre plus grand bien. Décidez, préparez-vous, équipez-vous et lancez-vous ! RIEZ !  Tout bonnement !  Même si ce n’est que quelques secondes au début, lancez-vous le défi de rire un peu plus chaque jour. Riez sous la douche, dans votre voiture, en marchant…  RIEZ !