Il y a des gens qui bossent dans le secteur qui les botte, et qui ont le courage d’explorer des nouveaux terrains. Joséphine en fait partie : après plusieurs années à travailler pour de grandes marques de prêt-à porter, elle a décidé il y a presqu’un an de se lancer à son compte et de devenir styliste.
Joséphine

En quoi consiste ton métier ?

J’habille des personnalités pour la télé, des shootings, des soirées… Mon rôle c’est de trouver une tenue adaptée à l’image qu’ils veulent véhiculer. Je travaille avec les bureaux de presse, qui gèrent l’image médiatique des marques, et prêtent des vêtements pour habiller les célébrités.
C’est un milieu très compliqué, il faut être connu, ou habiller quelqu’un de connu. Il faut vraiment batailler pour obtenir des rendez-vous, et se faire prêter des choses. Souvent, les bureaux de presse n’ont qu’un prototype en une seule taille, du coup il ne suffit pas de repérer ! Il faut également faire attention, lorsqu’une pièce est trop forte, qu’elle n’ait pas déjà déjà portée par une autre célébrité.

Comment en es-tu arrivée là ?

Je travaille dans la mode depuis longtemps mais j’avais envie de trouver un travail plus indépendant, de ne plus être derrière un bureau.
En allant à Los Angeles l’été dernier, j’ai découvert le métier de styliste. Là bas, c’est un métier très reconnu qui permet de bien gagner sa vie. C’est très différent en France.
J’ai eu mon premier contrat grâce à une amie qui travaille à la presse pour une marque de prêt-à-porter. Elle m’a mis en lien avec un agent d’artistes, et c’est comme ça que ça a commencé ! J’ai du habiller une actrice pour 20 télés.

Qu’est ce qui te motive au quotidien ?

Ca n’est jamais pareil, chaque contrat est un challenge. On t’appelle deux jours avant en te disant que tu vas devoir habiller unetelle pour les NRJ Music Awards, et là en 48h, tu dois chercher des idées, prendre des rendez-vous, proposer des choses, que ça lui plaise… Quand on habille quelqu’un, il faut penser à tout, des bijoux jusqu’aux chaussures. A chaque fois je me dis : je ne sais pas comment je vais faire ! Et puis, en cherchant, en bossant, j’arrive toujours à m’en sortir.
Quand j’ai débuté, je ne savais pas du tout comment m’y prendre, ni à qui m’adresser. C’était amusant de tricoter son réseau, de comprendre comment ça marche. C’est très différent de mon ancien métier.

Qu’est ce qui t’amuse le plus entre la télé, les shootings… ?

Récemment j’ai travaillé sur un shooting pour une marque. Je me suis rendu compte qu’en changeant le look et la lumière d’une photo, on raconte des histoires complètement différentes. J’aime réfléchir à ce qu’on veut dire, trouver une cohérence. C’est un travail qui se fait main dans la main avec le photographe.

Comment fais-tu pour t’adapter aux personnalités des gens que tu dois habiller ?

J’ai l’impression d’avoir un métier beaucoup plus humain que ce que je faisais avant. Il faut essayer de comprendre les gens, les écouter, s’adapter, même si ce n’est pas du tout ton style ! Mais il faut faire attention à ne pas se faire bouffer, surtout face à de gros égos, il faut trouver sa place et réussir à se faire respecter.

Où vas-tu chercher l’inspiration ?

Je ne pense pas être une modeuse : je m’en fous des grandes marques et du luxe. Je n’ai pas du tout ce culte là de la mode. Pour moi, la mode c’est chacun son style. Il faut bien sur être dans l’ère du temps, mais une tenue réussie c’est quelque chose qui te va bien. Se sentir jolie ça marche beaucoup mieux que de porter le truc qu’il faut absolument porter.
La 1ère actrice que j’ai habillé, par exemple, revenait après quelques années d’absence. Elle se posait de vraies questions sur son image. En discutant avec elle, j’ai essayé de cerner sa personnalité et l’image qu’elle voulait renvoyer, et j’espère avoir réussi à lui proposer des choses adaptées. C’est ça qui m’intéresse, pas de lui dire qu’elle doit porter tel ou tel truc.

Est-ce que tu sens que ça a une influence sur ton rapport à la mode au quotidien ?

Non, parce que je travaille dans ce milieu depuis longtemps, j’ai déjà monté ma marque. J’ai toujours eu ce rapport à l’observation, aux recherches. J’aime bien chiner, voir ce qui se fait.

Quel est ton rêve de réussite ?

J’aimerais trouver des contrats plus récurrents, qui permettent de mieux gagner sa vie. La publicité peut offrir ce genre d’opportunités. Ca me permettrait d’être plus sereine.
Les célébrités c’est toujours très last-minute, alors qu’avec des shootings photos c’est plus structuré, on a le temps de créer.
Je retourne à Los Angeles cet été pour mieux comprendre comment ça fonctionne. Je suis curieuse de voir comment mon book sera reçu là bas. Je me vois pourquoi pas à l’étranger ! Au Etats-Unis, ou au Japon où ils adorent la French Touch.

Quel conseil tu donnerais à quelqu’un qui veut se lancer ?

Il faut avoir un excellent réseau ! Ca marche beaucoup comme ça.
Et je conseillerais de ne pas faire que ça comme métier. Soit trouver un job récurrent, – une personne à habiller tous les jours – où alors, faire d’autres choses à côté pour ne pas s’user. Il faut lutter pour chaque contrat, il y a beaucoup de démarchage pour peu de résultats. La réalité du métier est difficile. J’adore ce que je fais, mais je ne compte pas que là dessus (NDLR : Joséphine fait également du conseil en développement de collection pour des marques). Si je ne faisais que ça j’en serais déjà lassée. Alors que pour l’instant, j’ai l’impression qu’à chaque shooting c’est un peu la récré ! Ca m’amuse, ça n’est pas du travail.–

Retrouvez toutes les réalisations de Joséphine sur son Tumblr.