Alors OK, pour beaucoup d’entre vous cette expérience n’en est pas une. Un pourcentage non négligeable se demandera même pourquoi je fais tout un foin de cette journée, pourquoi c’est hors de ma zone de confort, qui suis-je, où vais-je etc.

Quelques éléments de contexte: si j’ai effectivement une routine beauté (à base d’eau tiède), ma « routine make-up » se limite à mettre du blush et un coup de crayon noir (quand il se trouve que par hasard il est taillé) pour l’effacer ensuite immédiatement à moitié avec mes doigts dans une tentative lamentable d’effet smokey (pour en général m’apercevoir vers 16h que ledit crayon a décidé de migrer SOUS mon œil et que j’ai l’air de sortir de prison). Du rouge à lèvres ? J’en ai une expérience limitée, essentiellement à base d’un tube qui doit dater de 2006 que je réserve pour les soirées où

  1. Je sors quelque part où les gens seront beaux et stylés
  2. Je porte une robe noire
  3. Je mets de l’eyeliner

Donc on est sur une moyenne de 2 fois par an environ. Je vais désamorcer le truc de suite : j’aime bien me maquiller, j’aime bien ma tête quand je le suis, je suis assez admirative de celles qui savent très bien le faire. Mais tous les jours ? Non merci. Ce serait trop hard pour ma peau qui ne comprendrait pas et partirait en n’importe quoi. Et surtout, j’aime bien que ce rituel soit associé à un moment spécial, comme les mariages ou ma sortie annuelle en boite. J’aime bien qu’on ne me reconnaisse pas quand je me maquille (telle notre modèle à toutes, Catwoman).

Tout ça pour dire que porter du rouge à lèvres rouge toute une journée AU BUREAU en plus, c’était une vraie aventure. En un mot comme en cent : j’étais terrifiée. Mais on s’est fait une réunion de blog avec Jess (chez Ladurée, oui Madame) et on s’est rappelé que si NQGB existait, c’était bien pour qu’on tente de nouvelles choses. Donc. Bye bye zone de confort. À moi le style de parisienne stylée.

 

Rouge à lèvres

Jour J : le jour où je suis devenue une femme Barbara Gould (ouh la référence des 90s)

8h22 : Je choisis des habits neutres, genre gris / noir / bleu foncé, histoire de ne pas ressembler à Ginette (dite « la clocharde ») dans les Visiteurs (affirmation totalement démentie par la photo ci-dessus où je porte mon écharpe. Passons).

8h30 : Je mets du rouge à lèvres en m’appliquant bien. La couleur est trop claire et le rendu trop brillant pour être vraiment à la mode. Je rachèterai un tube quand je serai une femme fatale.

8h35 : Je vais dire aurevoirbonnejournée à mon mec (quand tu portes du rouge à lèvres, ton mari devient ton mec, et tu chantes du Patricia Kaas), et profite du fait qu’il est encore en train de se brosser les dents pour partir rapidement. J’entends « NON NON NON » en fermant la porte, et décide de prendre ça comme un compliment.

8h36 : Ma braguette est-elle ouverte ? Est-ce que c’était une bonne idée de mettre des bottines et un slim noir ? Suis-je vulgaire ? Dans une attitude assez proche de la méditation, je prends soudainement pleinement conscience de mon apparence et flippe (ou peut-être qu’il y a des métaux lourds dans mon tube de 2006 et que ça me fait planer).

8h47 : Je me mouche, mets plein de rouge sur le mouchoir, suis obligée de mettre mon appareil photo (enfin, mon portable quoi) en mode selfie pour vérifier que tout va bien, le tout en montant dans mon train.

8h59 : Sur le parvis de la Défense. Je marche au ralenti. J’adapte ma playlist, j’écoute du Beyoncé, du Shakira, du Rage Against the Machine. Pas de l’indie folk de hippie comme à mon habitude. Je suis rock. Je suis une femme forte de ma génération.

9h18 : J’arrive au bureau. Je vais me faire pipi dessus.

9h22 : Première remarque de ma collègue : « Hey tu t’es maquillée » « Oui, j’ai trop peur d’ailleurs » « Bah pourquoi ? Ça te va bien ». C’est vrai ça, pourquoi ? HEIN POURQUOI TU FLIPPES ? Femme forte.

10h30 : Impression constante d’en avoir plein le menton. Ce qui est un véritable apprentissage de cette journée puisque je pensais que j’aurais peur d’en avoir sur les dents. Comme quoi.

12h04 : Je sens mes supers pouvoirs décliner mais je ne vais pas de remaquiller avant d’aller déjeuner, faut pas déconner.

13h20 : Donc c’est quoi le concept, faut aller aux toilettes se remettre du rouge à lèvres là ? Devant tout le monde qui vient faire sa pause toilettes traditionnelle d’après manger (comprendre : sa pause caca) ?

14h30 : Je décide que non c’est nul.

16h27 : Jess me confirme par whatsapp que oui, il faut bien aller faire sa retouche aux toilettes, tout le monde le fait c’est normal. Je décide donc d’y aller, honteuse (donc tout refaire, à ce stade c’est bien plus qu’une retouche). Est-ce vraiment ça le quotidien des femmes fatales ? Se remaquiller assises sur les toilettes du bureau avec son portable ?

19h10 : Je pars à mon cours de yoga, au summum d’une coolitude toute brooklynienne.

22h05 : Une version très sophistiquée de moi-même se remaquille sur le quai de la 3 à Opéra, en écoutant les updates de la saison 1 de Serial.

22h35 : Mon mec à moi (il me parle d’aventures) et me demande si je me suis vraiment remis du rouge à lèvres en sortant du yoga.

Jour J+4
Vendredi soir, dans le train en allant à un anniversaire. Je retombe sur le tube de rouge à lèvres laissé dans mon sac.
Après tout, pourquoi pas ?

 

Photo lourdement retouchée à l’aide de A Color Story