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DIY et tranches de vie

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Comment on joue – Adil

Adil, on a eu Gé et moi la chance de le cotoyer rapidement sur les bancs de l’école de commerce, puis surtout de suivre ses cours de théâtre pendant quatre ans. C’était différent de tout ce qu’on connaissait, et pourtant on en a essayé des profs de théâtre ! C’était beau, intéressant, physique, cool, bizarre parfois, et surtout ça nous demandait toujours d’aller chercher plus loin, d’oser des choses, d’oser se lancer.

Alors aujourd’hui j’ai eu envie qu’il nous raconte ce qu’il avait en tête Adil. Comment ça se passe une reconversion et qu’est ce que ça implique.

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Comment on s’habille – Joséphine

Il y a des gens qui bossent dans le secteur qui les botte, et qui ont le courage d’explorer des nouveaux terrains. Joséphine en fait partie : après plusieurs années à travailler pour de grandes marques de prêt-à porter, elle a décidé il y a presqu’un an de se lancer à son compte et de devenir styliste.
Joséphine

En quoi consiste ton métier ?

J’habille des personnalités pour la télé, des shootings, des soirées… Mon rôle c’est de trouver une tenue adaptée à l’image qu’ils veulent véhiculer. Je travaille avec les bureaux de presse, qui gèrent l’image médiatique des marques, et prêtent des vêtements pour habiller les célébrités.
C’est un milieu très compliqué, il faut être connu, ou habiller quelqu’un de connu. Il faut vraiment batailler pour obtenir des rendez-vous, et se faire prêter des choses. Souvent, les bureaux de presse n’ont qu’un prototype en une seule taille, du coup il ne suffit pas de repérer ! Il faut également faire attention, lorsqu’une pièce est trop forte, qu’elle n’ait pas déjà déjà portée par une autre célébrité.

Comment en es-tu arrivée là ?

Je travaille dans la mode depuis longtemps mais j’avais envie de trouver un travail plus indépendant, de ne plus être derrière un bureau.
En allant à Los Angeles l’été dernier, j’ai découvert le métier de styliste. Là bas, c’est un métier très reconnu qui permet de bien gagner sa vie. C’est très différent en France.
J’ai eu mon premier contrat grâce à une amie qui travaille à la presse pour une marque de prêt-à-porter. Elle m’a mis en lien avec un agent d’artistes, et c’est comme ça que ça a commencé ! J’ai du habiller une actrice pour 20 télés.

Qu’est ce qui te motive au quotidien ?

Ca n’est jamais pareil, chaque contrat est un challenge. On t’appelle deux jours avant en te disant que tu vas devoir habiller unetelle pour les NRJ Music Awards, et là en 48h, tu dois chercher des idées, prendre des rendez-vous, proposer des choses, que ça lui plaise… Quand on habille quelqu’un, il faut penser à tout, des bijoux jusqu’aux chaussures. A chaque fois je me dis : je ne sais pas comment je vais faire ! Et puis, en cherchant, en bossant, j’arrive toujours à m’en sortir.
Quand j’ai débuté, je ne savais pas du tout comment m’y prendre, ni à qui m’adresser. C’était amusant de tricoter son réseau, de comprendre comment ça marche. C’est très différent de mon ancien métier.

Qu’est ce qui t’amuse le plus entre la télé, les shootings… ?

Récemment j’ai travaillé sur un shooting pour une marque. Je me suis rendu compte qu’en changeant le look et la lumière d’une photo, on raconte des histoires complètement différentes. J’aime réfléchir à ce qu’on veut dire, trouver une cohérence. C’est un travail qui se fait main dans la main avec le photographe.

Comment fais-tu pour t’adapter aux personnalités des gens que tu dois habiller ?

J’ai l’impression d’avoir un métier beaucoup plus humain que ce que je faisais avant. Il faut essayer de comprendre les gens, les écouter, s’adapter, même si ce n’est pas du tout ton style ! Mais il faut faire attention à ne pas se faire bouffer, surtout face à de gros égos, il faut trouver sa place et réussir à se faire respecter.

Où vas-tu chercher l’inspiration ?

Je ne pense pas être une modeuse : je m’en fous des grandes marques et du luxe. Je n’ai pas du tout ce culte là de la mode. Pour moi, la mode c’est chacun son style. Il faut bien sur être dans l’ère du temps, mais une tenue réussie c’est quelque chose qui te va bien. Se sentir jolie ça marche beaucoup mieux que de porter le truc qu’il faut absolument porter.
La 1ère actrice que j’ai habillé, par exemple, revenait après quelques années d’absence. Elle se posait de vraies questions sur son image. En discutant avec elle, j’ai essayé de cerner sa personnalité et l’image qu’elle voulait renvoyer, et j’espère avoir réussi à lui proposer des choses adaptées. C’est ça qui m’intéresse, pas de lui dire qu’elle doit porter tel ou tel truc.

Est-ce que tu sens que ça a une influence sur ton rapport à la mode au quotidien ?

Non, parce que je travaille dans ce milieu depuis longtemps, j’ai déjà monté ma marque. J’ai toujours eu ce rapport à l’observation, aux recherches. J’aime bien chiner, voir ce qui se fait.

Quel est ton rêve de réussite ?

J’aimerais trouver des contrats plus récurrents, qui permettent de mieux gagner sa vie. La publicité peut offrir ce genre d’opportunités. Ca me permettrait d’être plus sereine.
Les célébrités c’est toujours très last-minute, alors qu’avec des shootings photos c’est plus structuré, on a le temps de créer.
Je retourne à Los Angeles cet été pour mieux comprendre comment ça fonctionne. Je suis curieuse de voir comment mon book sera reçu là bas. Je me vois pourquoi pas à l’étranger ! Au Etats-Unis, ou au Japon où ils adorent la French Touch.

Quel conseil tu donnerais à quelqu’un qui veut se lancer ?

Il faut avoir un excellent réseau ! Ca marche beaucoup comme ça.
Et je conseillerais de ne pas faire que ça comme métier. Soit trouver un job récurrent, – une personne à habiller tous les jours – où alors, faire d’autres choses à côté pour ne pas s’user. Il faut lutter pour chaque contrat, il y a beaucoup de démarchage pour peu de résultats. La réalité du métier est difficile. J’adore ce que je fais, mais je ne compte pas que là dessus (NDLR : Joséphine fait également du conseil en développement de collection pour des marques). Si je ne faisais que ça j’en serais déjà lassée. Alors que pour l’instant, j’ai l’impression qu’à chaque shooting c’est un peu la récré ! Ca m’amuse, ça n’est pas du travail.–

Retrouvez toutes les réalisations de Joséphine sur son Tumblr.

Comment on mange – Patrice

Le truc cool dans la vie, c’est qu’il y a des gens bien. Et parfois, on les croise. Aujourd’hui, on donne la parole à l’un d’entre eux, Patrice, cuisinier philosophe, sur pourquoi la cuisine c’est un acte d’amour, même si c’est difficile, les jeunes tatoués et les petits producteurs. Cette interview a été réalisée au Youpi & Voilà, son restaurant, 36 heures avant sa fermeture. Pas d’inquiétude, on vous tiendra au courant de son prochain spot pour que vous aussi vous puissiez vous régaler. Bon appétit !

Patrice au Youpi et Voilà 1

Comment es-tu arrivé là, quel est ton parcours ?

C’est un peu par hasard. Je suis arrivé ici, du moins à la cuisine, par petites touches, assez tôt, enfant. Pas mal de repas de familles, un père très sur les produits, qui aimait faire à manger ; une grand-mère nourricière, avec beaucoup d’amour. Et petit à petit, ça s’est fait comme une évidence. Après mon parcours à l’école, à un moment donné il a fallu choisir, et j’ai choisi la cuisine. Sans vraiment de passion à la base, et puis c’est un métier que j’ai appris à apprivoiser. J’ai essayé de trouver « pourquoi ce métier ? ». Il a fallu que j’y trouve une philosophie, une accroche pour que ça m’intéresse vraiment.
Au début, ça a été vraiment de la souffrance. Tu sais quand tu tombes dans des restos où il n’y a pas vraiment de philosophie, où c’est juste envoyer de la nourriture, sans vraiment penser ou conscientiser le truc, c’est vite beaucoup d’horaires, et vite atroce en fait. C’est quand même un milieu très macho, très hiérarchique, assez militaire. Le jeune Patrice au départ a vraiment galéré, et il y a des moments où j’ai voulu arrêter.

Et puis est arrivé un resto dans le Tarn, où je me suis installé, et où j’ai cultivé vraiment l’idée, l’essence de mon métier. J’ai trouvé l’accroche qui fait que ce métier n’est pas complètement con. Je te parle de ça, c’était en 98, avant que ce soit la mode du bio, la mode du vin nature, que les cuisiniers soient des rock stars. J’ai commencé moi à m’attacher à ce que les gens produisaient, à l’écologie, aux agriculteurs, à développer un réseau d’humains, d’humanistes, qui avaient la même envie que moi, et la même idée : pourquoi nourrir les gens ? Quel est l’intérêt ? Qu’est-ce qu’on défend ?

Et petit à petit, c’est un courant qui a grandi et qui aujourd’hui sur Paris est un peu à la mode. Voilà, c’est ça mon parcours. Aujourd’hui c’est la défense même de pourquoi on achète quelque chose, comment c’est cultivé, quel est notre impact? Être un peu cuisinier philosophe.

Comment tout ça se traduit dans ta cuisine au quotidien ?

Concrètement, je le traduis déjà par mes achats, par ce que je défends. Toujours tabler sur des petits producteurs, l’agriculture raisonnée, la pêche avec des petits bateaux qui rentrent le soir, les vins nature, sans traitements chimiques, biodynamiques. Travailler avec des gens qui réfléchissent à l’impact de la nourriture sur la planète. Nous, on est une petite structure, avec peu de couverts. On veut rester à une échelle humaine. Que ce soit cohérent en termes d’humanité, sinon pour moi ça ne tient pas.

Quel écho a cette démarche auprès de tes clients ?

Tous ne sont pas ouverts à ça. Certains viennent juste au resto pour manger, boire et bonsoir. Parfois c’est dur parce que les gens sont fermés, un steak c’est un steak, un poisson c’est un poisson, mais parfois il y a des gens que ça intéresse. Si tu arrives à raconter toute l’histoire, tu arrives à ouvrir les gens.
Il y a des gens réceptifs et pas d’autres. On n’est pas là pour sauver la planète. On travaille par petite touche. Si tu fais ça pour sauver la planète, ce que je pensais faire à un moment, tu ramasses trop. C’est difficile. Faire à manger c’est déjà un acte d’amour, quelque chose d’énorme. C’est un don de soi gigantesque, c’est beaucoup de boulot. Quand tu as des gens en face de toi qui sont peu réceptifs à tout ça, ça peut être très décevant, tu peux y laisser des plumes.

D’où est-ce que tu puises ton inspiration ?

Des gens, de ma femme, de mes enfants, de la nature. Il n’y a pas de choses précises. Ça peut être en flânant, en voyant des gens passer, des sensations. Parfois j’ai des commandes un peu spéciales comme hier soir [pour le Palais de Tokyo], « Au bord des mondes ». Mais sinon, ce n’est pas précis. Ça peut venir de légumes, ça peut venir d’un vin. En général je travaille assez spontanément.

Tu arrives le matin et tu crées les recettes comme ça ?

Non pas tout le temps quand même, on n’est pas des machines ! Ça peut être une balade en forêt, une sensation, des odeurs qu’on essaie de mettre en plats.

Patrice au Youpi et Voilà 2

Quels sont tes plans pour la suite ?

À un moment donné je me suis dit que j’allais tout arrêter. Et avec Stéphane on a bien parlé, et on a une idée d’une autre manière de faire la cuisine. Encore plus proche des gens. Entre la démo culinaire et le « viens manger à la maison ». On aimerait avoir une boutique divisée en deux, avec une arrière-salle où on ferait comme une table d’hôte. Que ce soit plus léger, que le discours soit là tout le temps. Avec un resto comme ça, déjà grand pour nous, le discours ne passait pas tout le temps, parce que tu es pressé, parce que tu ne sens pas les clients réceptifs, tu ne t’attardes pas. Et en fait il faut le faire ce chemin. Réduire encore plus, être plus petits, mais plus proches. Une ambiance « autour du piano », où les gens se lèvent, finissent le repas avec toi. Comme un appartement.

Quels conseils tu donnerais à des gens qui voudraient se lancer dans la cuisine?

Bien réfléchir. C’est un métier qui demande beaucoup de temps, c’est un vrai don de soi. C’est à la mode aujourd’hui, on voit beaucoup de jeunes sur le marché, tatoués, un peu rock’n’roll. C’est un engagement, il faut faire ça avec passion, ou en tout cas avec une idée derrière, une réelle envie. Après c’est un beau métier, on se régale, on se régale de faire plaisir. C’est une perpétuelle découverte, il y a toujours un vin à découvrir… C’est vaste. On rencontre beaucoup de gens.

Patrice au Youpi et Voilà 3

Qu’est-ce que tu aimes cuisiner ?

Je ne pense pas qu’il y ait un truc que j’aime cuisiner. J’adore les légumes, je mettrais les tomates en premier. Ça me rend fou. Quand les beaux jours arrivent, j’ai du mal à me dire « ce n’est que juillet la saison » ! Le légume, en règle générale, est un des règnes les plus fous en termes de goût, de diversité. Si tu prends les plantes, c’est quand même ce qu’il y a de plus riche. Tu prends les poissons, tu en as vite fait le tour. Avant d’aller pêcher le dernier poisson au fin fond, qui a peut-être un goût… C’est quand même assez simple, et c’est pareil pour les viandes. On ne mange pas encore du serpent et tout ça par ici. Le règne végétal, c’est le plus dingue. C’est ce que j’aime cuisiner.
Ici, c’est une table où on aime cuisiner du légume. On n’est jamais surpris par des végétariens qui viennent ici, on a toujours au moins trois légumes, et pas que du riz et des frites.

Un message à faire passer ?

Faire attention à ce qu’on mange, vraiment. Manger avec conscience. Beaucoup disent que le bio c’est trop cher. Je pense vraiment qu’il faut qu’on mange moins, mais qu’on mange mieux. Je crois qu’il vaut mieux aller s’acheter un bout de viande une fois par semaine, mais qu’il soit de qualité, que ce soit vraiment un paysan derrière, plutôt que l’idée d’en manger tous les jours. C’est pareil pour les légumes. Il vaut mieux se faire une soupe avec des vrais légumes, bien cultivés, nourrissants pour la tête et pour le corps, et pas se rendre malade. Il faut manger avec conscience du gaspillage, de la solidarité. On a fait beaucoup d’erreurs, pas mal de merde, il serait temps de faire attention.