Jeudi matin dans le RER : un mec déguisé en Sailor Moon et sa copine portant un trident géant prennent la route de Japan Expo. Jeudi soir dans la salle 11 de l’UGC des Halles, 250 adultes prennent place devant « Vice Versa », le dernier Pixar.

« Infantilisation », vous dites ? Bon, pour le 1er point, j’en sais rien. Je n’ai jamais mis les pieds à la Japan Expo mais les groupes que je croise chaque première semaine de juillet dans le RER B me donnent de plus en plus envie de percer le mystère.

Pour le second point, j’ai envie de vous dire : si les enfants perçoivent tout ce que j’ai ressenti dans ce film, ils sont beaucoup plus malins qu’on ne le pense.
Aller voir des dessins animés au cinéma, ça me connait. Je ne loupe aucun Disney (à ce sujet, voir Comment aller au ciné seul permet de choisir les films qu’on veut). Et quand j’en parle, je vois bien les réactions teintée de Euhh.. Attends t’es en train de me dire que tu vas au ciné seule POUR VOIR DES DESSINS ANIMES ? Théo, Maya, chéris, éloignez vous de la dame… C’est un peu comme si je me balladais seule dans un parc d’attraction dédié à Hello Kitty.

 

Et pourtant, nous n’y sommes pas du tout. C’est un peu comme dire que la peinture c’est pour les enfants, et que pour les adultes il y a la photo. Allez dire ça à Picasso, il va être ravi d’être inscrit au programme de CE1.

 

De la même manière que Pablo nous mettait un oeil à la place du nez, quand je vais voir un dessin animé, je me sens projetée dans la folie et l’imagination des réalisateurs. On retrouve non seulement toute la base du cinéma : le cadrage, la mise en scène, les couleurs, la musique… Mais on rajoute en plus une couche d’imagination. Quand, dans Vive Versa, ces trois-là :

 

viceversa

 

se retrouvent avec cette tête-là

 

abstract

parce qu’ils sont passés dans « le monde des idées abstraites », je pense qu’il y a de quoi alimenter le cortex d’un adulte.

 

Pour ce Pixar en particulier, j’ai été bluffée par le délire et la folie des concepteurs. Ils arrivent à illustrer le cerveau humain avec plein d’idées géniales : les souvenirs qui tombent dans un puits sans fond quand on les oublie, l’ami imaginaire qui ère dans les couloirs de la mémoire… On embarque complètement. Il y a un vrai niveau de lecture pour les adultes. Au niveau des blagues déjà, mais pas seulement. La héroine est une pré-ado, qui après un déménagement, découvre le sentiment de nostalgie et de colère. La description qui en est faite est extrêmement juste. Même le dénouement, on en retient quelque chose, ça va bien plus loin que « les gentils ont gagné » (d’ailleurs il n’y a même pas de méchant dans ce film, c’est dire si ils ont réussi à créer autre chose qu’un conte de princesse).

 

Alors oui, c’est un peu aseptisé. Pas de sang, pas de cul. A l’ère mondiale de Games of Throne, ça semble un peu faible comme promesse de divertissement. Et pourtant, j’ai ri, j’ai été émue, j’ai été surprise. C’est ça qui compte, non ? C’est bien ça qu’on recherche dans le cinéma, être touché ?

 

Je n’aurais qu’un conseil : regardez Games of Throne, (non il faut avouer, c’est génial) mais de temps en temps, laissez-vous un peu aller à la poésie, et allez voir des dessins animés. Si vous avez arrêté il y a 20 ans, Vice Versa est une excellente occasion de s’y remettre.