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DIY et tranches de vie

Le mot de la semaine : Femme d’expat’

(Ou plus exactement Conjoint d’expat’ puisqu’il n’y a pas que des gens mariés et il y a aussi quelques hommes) (mais vous avouerez que ça réveille moins l’imaginaire)

Ça pourrait même être le mot de l’année 2016 si vous voulez mon avis. Parce qu’on est devenues des conjointes d’expat’, on a pu aller vivre au(x) bout(s) du monde. Et si Jess a su ne porter ce titre que 15 jours (grâce à sa trouvaille de boulot en un temps record ; Pôle Emploi aurait envoyé une délégation), moi j’en suis encore une de femme d’expat’, donc laissez-moi vous dire que bientôt 5 mois plus tard, je commence à avoir une bonne petite expérience de la chose.

Qu’est-ce que ça vous évoque le terme « femme d’expat’ » ? Un groupe de bonnes femmes qui jouent au bridge et font du point de croix ? Dont les discussions ne tournent qu’autour de leurs enfants, de la qualité du lycée français d’ici par rapport à celui de leur précédente expatriation, et de leur mari et son métier « passionnant, avec de grandes responsabilités » ? Qui ne peuvent pas parler d’autre chose parce qu’elles vivent leur vie à travers leurs enfants et leur mari ? Ouais. Moi aussi je pensais ça avant. Donc je ne disais pas que j’étais femme d’expat’. J’étais l’exception.

(Moment d’Artagnan) Eh bien laissez-moi vous dire que 1. Il n’y a que des exceptions et 2. Même si les femmes d’expat’ décrites ci-dessus existent, ça n’en fait pas moins des personnes intéressantes à rencontrer, qui pourraient vous étonner avec une passion pour la guitare électrique version Metallica.

Certes, il n’y a que des exceptions. Néanmoins, d’après mes observations, si vous fréquentez ces cercles-là, il est fort possible que vous tombiez sur les personnages suivants :

  1. Celle / celui qui est content(e) d’être là et profite

La catégorie la plus standard, à laquelle j’aspire à appartenir. Personne accueillante, qui pourrait figurer dans une brochure « L’expatriation, pourquoi pas moi ». Travaillait parfois avant, mais pas toujours. En ligne avec le caractère détendu du pays. N’est là que pour une période donnée (autour de 5 ans en général). A appris l’espagnol parce que c’est marrant et pratique pour voyager dans le reste de la région / du continent. Est d’ailleurs en vadrouille régulièrement dans des coins qui font rêver. Peut chercher à bosser ici, en freelance ou au lycée français. Phrases typiques : « Les journées passent trop vite », « Regarde les photos de notre dernier week-end, c’était top ».

  1. Celle / celui qui est content d’être là et profite bien bien

À peu près le même profil que la catégorie précédente, une bonne grosse pincée festive en plus. Fatigué(e) en général de sa dernière soirée, peut se trouver en train de boire un café et fumer des cigarettes sur les balcons des gens de bon matin. Est dans le pays depuis un peu plus longtemps (7-8 ans en moyenne). A adopté son caractère festif / week-end-dans-la-piscine-à-boire-des-bières. A arrêté de chercher à bosser. A perdu son espagnol à force de faire la fête qu’avec des Français. Phrase typique : « Regarde les photos de ma dernière soirée, on s’est bien marrés, on avait abandonné les enfants ».

  1. Celle / celui qui vient d’arriver et qui n’est déjà pas content(e)

Autrement appelée catégorie WTF. Dans le pays depuis moins d’un an, clairement sous la contrainte (menace ?) du conjoint / de la conjointe. Pas content(e) d’être là du tout. Un comportement qui peut s’expliquer par une série de merdes logistiques à l’arrivée, ou à un caractère de Parisien de cochon. Apprend l’espagnol parce que personne ne comprend l’anglais ici alors que veux-tu. A en général une légère méprise pour le Dominicain. On peut compter sur lui / elle pour pointer l’aspect négatif de chaque situation, même la plus banale, certainement une tentative pour entrainer tout le monde dans les mêmes bas-fonds de morosité. Phrases typiques : « Les journées sont longues », « Ah ben t’as fait cramer tes madeleines ».

  1. Celle / celui qui vit ici depuis 35 ans mais on ne sait pas pourquoi

Le plus grand mystère. Dans le pays depuis plus de 15 ans, et pourtant affiche un véritable mépris pour ses habitants et sa culture, voire pour tout être qui ne lui ressemblerait pas. A des amis, certainement par habitude. Semble s’ennuyer à mourir, et n’a pas peur de l’affirmer. A arrêté d’apprendre l’espagnol parce qu’estime son niveau suffisant (ce qui est souvent vrai). Ne bosse pas depuis bien longtemps, à la retraite en fait. A tendance à énoncer des généralités en fonction de comportements individuels, par exemple (réel) : un Dominicain te coupe la route en voiture, tu dis « ils sont chiants [sous-entendu ces Dominicains] » (c’est subtil, mais on ne dit jamais « ils sont chiants ces Français » si quelqu’un ne te laisse pas passer au passage piéton. On dit « espèce d’abruti ». Au singulier.) Et pourtant, n’imagine pas un seul instant vivre ailleurs, l’expression « rentrer en France » n’ayant plus de sens. Phrases (entendues) typiques : « On s’ennuie », «  Les Haïtiens, plus menteurs et voleurs, y’a pas ».

Un trait commun à toutes ces personnes néanmoins, c’est un sens de l’accueil INCROYABLE. Et ça mes enfants, du point de vue d’une personne qui débarque dans un pays inconnu et qui soudain passe ses journées seule, c’est le plus important.

4 Comments

  1. Bravo, c’est très bien observé en seulement 5 mois !
    Dans le genre, je te recommande la lecture de cet article si tu ne le connais pas encore : http://mytailorisanexpat.com/femme-expatriation-cette-incomprise/
    … moi ça m’a vraiment fait rigoler, je l’ai fait suivre à mes parents, mes frères / soeurs, et même mon mari et je crois que ça les a tous fait réfléchir !
    Anne (je suis expat’ sur une île pas loin ;-))

  2. Ahahah, j’ai adoré ton article! Intéressant… surtout quand on pense à peut être devenir cette « femme d’expat », un jour, qui sait?

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