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DIY et tranches de vie

Pourquoi je ne servirai pas de sushis à Noël

« Si tu veux apprendre, tu ne nous demandes pas la recette. Tu viens un week-end et on te montre. »

La sentence prononcée à l’unisson par ma tante et ma grand-mère traduit à la perfection le pourquoi de leur cuisine. Elles font toutes deux partie de ces fins cordons bleus de l’école de la tradition. Dans leurs assiettes, pas de cuisine moléculaire, ou de fusion food japono-ethiopienne. Pas d’effet de mode, pas de chichis. Mais des petits plats réalisés à la perfection, la restitution à l’identique des saveurs qui ont affolé leurs papilles dans leur enfance.

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Crédit photo : ma soeur (et les mains de ma grand-mère)

On les attend comme des petites madeleines, ces recettes. Derrière chaque saveur, on peut y associer les yeux fermés une saison, savoir d’avance qui sera autour de la table et le temps que durera le repas.

Cette incarnation de la tradition me fascine à chaque fois. Déjà parce que c’est l’illustration même de la transmission orale familiale. Il y a les contes, les berceuses, et les recettes. Vous avez déjà retrouvé des cahiers où vos grand-mères notaient leurs recettes ? La liste des ingrédients ressemble très souvent à « un peu de ça », « une bonne dose de ceci »… En clair : tu ne t’en tireras pas sans me regarder faire.
Alors bien sûr, chacun y va parfois de sa petite touche personnelle ; ma grand-mère se lâche en 2014 beaucoup plus sur le gingembre et beaucoup moins sur la friture (nul n’est épargné par le discours mangezbougez.fr), mais pourtant, et c’est la deuxième chose qui me fascine, il y a certains plats auxquels ON NE TOUCHE PAS. Et ce sont ceux des grandes occasions.
On ne sépare pas la fête du plat ; c’est un binôme de fer, un repère, une association suprême, un landmark de nos existences. On ne décide pas, comme ça, à l’improviste de servir des coquillettes quand tout le monde attend l’agneau pascal.

On pourrait voir ça comme une vision réactionnaire, une routine lassante. Mais moi, j’adore. Les hommes se sont toujours fixés des repères plus ou moins arbitraires pour rythmer l’année et mieux appréhender le temps qui passe (pourquoi croyez-vous qu’on déprime en janvier ? Noël est passé, Pâques est loin… on est perdu ! Il faudrait songer à réhabiliter le Carnaval). Et doubler ces repères d’une dimension gastronomique, je trouve que : 1) c’est chouette, parce que c’est bon, 2) c’est sain, parce qu’en toute logique on mange plutôt des produits de saison, 3) c’est fort de se dire qu’on partage quelque chose de sensoriel avec ses ancêtres, pas juste un bout de papier, une photo. On a sur le palais les mêmes saveurs. Je trouve ça dingue.

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Crédit photo : ma soeur

Au fil des années, j’ai appris reproduire certains de ces fameux plats. Mais maintenant, je dois faire face à la réciproque : puis-je séparer le plat de la fête ? Ai-je vraiment le droit de sortir ces plats de leur contexte ? Devrais-je me sentir coupable d’en profaner un dans un tupper ware devant mon ordinateur ?

 
Et vous ? Reproduisez-vous des plats de vos parents et grand-parents ? Comment les mettez-vous au goût du jour ?

1 Comment

  1. J’ai beaucoup aimé cet article sur la tradition, merci beaucoup 🙂

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