Abritées longtemps derrière du solide double vitrage ou la tranquilité des rues de Bécon les Bruyères, nous avions oublié une chose : la nuit, tout le monde ne dort pas. Il y avait déjà bien sûr la voisine du dessus qui fête son anniversaire ou le nouveau né d’à côté qui fait ses dents, mais en réalité dans le monde au même moment, il y avait plein de gens en train de faire plein de choses bruyantes au beau milieu de la nuit.

Pour ce deuxième volet de la série Phnom Penh vs. Saint Domingue, on a décidé de vous parler du bruit de nos villes la nuit.

pp-vs-sd

 

Phnom Penh / Jess
La clé du problème vient du fait que pour moi la nuit c’est de 23h à 8h du mat, et que pour les cambodgiens, c’est de 21h à 5h. Ca nous fait donc 5 longues heures d’incompatibilité.
L’autre point clé c’est que les appartements sont tous sur rue, jamais sur des cours intérieures. Du coup, une fois que j’ai posé la tête sur l’oreiller, voici ce qui défile dans mes oreilles.

Le soir
– La radio des voisins, trèèès souvent branchée sur une chanson de Céline Dion. Distance entre la terrasse des voisins et la fenêtre de la chambre : 70 cm.
– Les moustiques qui font bzz bzz, le ventilo qui fait frr frr, les lézards qui font tktktk.

Au lever du jour
– Le chantier d’en face, qui profite de la fraîcheur du matin pour faire les tâches les plus pénibles de 7 à 9h, dimanche compris : ponceuse, marteau piqueur, et tutti cuanti.
– Le bébé des voisins qui hurle à la mort (le même qu’à Paris, pour le coup)
– Les jours de fête, la musique de la Pagode
– La dame qui ramasse les déchets recyclables dans son chariot, en appuyant sur un petit klaxon (pouet pouet) pour annoncer son arrivée
– Les tuks-tuks qui repèrent les touristes matinaux « TUK TUK MADAM !!! TUK TUK MADAM ! »
– Les vendeurs ambulants en tous genres, qui ont toujours une bande-son enregistrée crachée en boucle à travers un petit haut-parleur
– Les motos, les motos, les motos, les motos !

Quand je pense qu’à Paris on a refusé d’acheter un appart parce que Monoprix livrait tous les matins à 7h sous les fenêtres de la chambre, je nous trouve petits joueurs.

Je ne sais pas exactement comment font les phnom penhois pour dormir, mais j’emets trois hypothèses
1) Ils se lèvent eux-mêmes à 5h donc ne voient pas le problème
2) C’est la raison pour laquelle autant d’appartements ont des chambres sans fenêtres
3) Ils sont tous simplement plus habitués au bruit. Au bureau ils écoutent leur musique sans haut-parleurs, le mode silencieux des téléphones – qu’ils décrochent en toute situation – n’existe pas, et ils passent leur journée sur des motos qui font Vrrrrrmmmmm. Je pense que ça les rend forcément moins douillets.

Saint-Domingue / Gé

Côté Caraïbes (j’adore dire ça), on n’a pas encore décrypté à 100% le rythme de vie des nos concitoyens. Donc pour simplifier je dirais qu’on est à peu près en phase sur l’heure du coucher (autour de 23h), mais que globalement les gens se lèvent plus tôt que nous (l’école commence à 7h30 donc forcément).

Notre appartement étant relativement bien isolé et le concept de « donner sur rue » ou « donner sur cour » ne s’appliquant pas tout le temps, voilà ce que ça donne côté sonore (on a plutôt de la chance globalement):

Le soir :
– Le colmado du coin, qui n’est pourtant pas si près que ça, et qui les week-end est environ au même niveau sonore que Rock en Seine (version mérengué) (Mérengué en Seine si vous voulez)
– La clim qui fait fffff (erreur de débutant : penser qu’une clim centralisée ferait moins de bruit qu’un appareil de clim. #problemederiche)

Au lever du jour :
– Notre meilleur ami : le coq qui vit sous notre fenêtre. Donc pour info un coq dominicain ça commence à chanter à 4h45 et ça chante toutes les 11 secondes. Vas-y pour te rendormir sans boules Quiès après ça. Et après en avoir discuté avec des gens d’ici, c’est hyper fréquent d’avoir des coqs à proximité de son immeuble, même en pleine ville. Ca non plus on n’a pas encore forcément bien décrypté.
– Les klaxons (valable toute la journée mais ça commence assez tôt tout de même), une véritable religion ici, utilisés pour signaler qu’on est dans l’angle mort de quelqu’un, signaler à un piéton qu’il peut, ou ne peut pas, traverser, manifester son mécontentement général sur la situation politique du pays ou son contentement face à une passante…
– La chasse d’eau des voisins du dessus. Écoutez c’est pas compliqué, à chaque fois j’ai l’impression qu’ils ont laissé tomber les toilettes en entier par terre et que le plafond va s’ouvrir en deux. C’est pas le même système qu’en France, plus une sorte d’aspiration. Bref.
– Le camion qui vend des fruits et qui fait le même bruit que des hauts-parleurs électoraux ou les camionnettes qui annoncent le cirque sur la plage l’été.

Mon interprétation de la capacité des Dominicains à supporter le bruit est simple : c’est un pays hyper bruyant et ils sont habitués depuis toujours. J’en veux pour exemple cette femme à mon cours de volley qui vient parfois avec son fils de 4 ans environ. On est dans une salle qui résonne énormément, avec une vingtaine de joueuses qui beuglent et des bruits de ballon hyper forts (elles beuglent mais elles savent jouer). Moi-même j’en ai mal à la tête parfois. Et cet enfant qu’est-ce qu’il fait ? Il DORT.