Cet article aurait également pu s’appeler « les transports en commun » ou bien « aller d’un point A à un point B en véhicule motorisé », mais ça n’aurait couvert qu’une partie de la question.

S’il y a bien un truc qui a changé depuis qu’on vit dans des contrées tropicales (bien que le climat n’ait que peu de choses à voir avec ce changement), c’est notre manière d’évoluer spatialement dans nos villes respectives de résidence. Mais tout d’abord, un rappel.

Avant : Paris et sa proche banlieue

Ah la joie d’un réseau de transports en commun qui fonctionne. Un confort du quotidien largement sous-estimé. Oui, on est sous terre et il fait chaud et ça sent le phoque. Oui, les heures de pointe sont aussi des heures de partage de sueur. Oui, il y a des grèves, des retards, parfois ça merde. Mais ça a le mérite d’exister. Ma relation avec le réseau transilien était assez pacifique, habitant sur la ligne dite « du train magique » reliant Saint-Lazare à la Défense, j’évitais la plupart des embouteillages humains, même si devais parfois passer par Saint Laz sur les coups de 8h du matin. Fan absolue et grande utilisatrice de la ligne 14 pour me rendre à peu près partout, et des lignes 3 et 7 pour aller à mon cours de yoga. Je sais que pour Jess, venir chez nous c’était le bout du monde (Bécon-les-Bruyères, franchement un nom pareil c’est beau comme du Marcel Pagnol non ?), et vice-versa.

Mais avant tout, ce qui déchire à Paris, c’est 1. Prendre les bus la nuit (quand les chauffeurs ont la voie libre et vont à toute vitesse), et 2. Les Velib. Déclaration d’amour. Je pense dire sans mentir que c’était notre mode de déplacement intra-muros principal à toutes les deux, et que c’était le bonheur total (surtout en été quand les jours rallongent et qu’il fait beau, on redécouvre la ville non ??) (et franchement ça coûte rien en plus !!).

Mais ça, c’était avant…

Maintenant : Saint-Domingue

Les transports à Saint-Domingue… c’est tout un poème. Déjà, il y a des transports en commun, mais pas forcément de ceux que tu as envie de prendre (pour des raisons de confort essentiellement, mais aussi de sécurité personnelle une fois la nuit tombée). Il y a :

  • Les bus verts de la ville, au nombre limité, avec des arrêts bien définis le long des grands axes, qui sont pleins à craquer et qui coûtent RD$15 (30 cts €)
  • Les guaguas : des sortes de mini-bus qui font les très grands axes également, et sortent de la ville aussi (je ne les ai jamais pris donc aucune idée du prix).
  • Les taxis collectifs : comprenez des voitures de taille normale dans un état de décomposition avancé, où s’entassent jusqu’à 6 personnes en plus du chauffeur, qui ne font que des lignes droites pour la modique somme de RD$25 par trajet (50 cts €).

Vous l’aurez remarqué, tous ces systèmes ne font que des lignes droites (SD est organisée en damier, un peu à l’américaine si vous voulez), donc ça veut dire qu’il faut souvent faire un « changement » pour se rendre à un endroit donné. Mais le vrai problème, c’est que cette ville est un embouteillage géant environ 3 fois par jour (matin, midi et fin de journée), et le vendredi de 15h à 19h. Donc prendre ces types de transport, ça veut dire risquer de rester coincé pour un temps indéterminé dans un véhicule surchargé, par une chaleur tropicale. Autant vous dire qu’à côté, les échanges de sueur du métro parisien, c’est du flan.

Heureusement, ce qui (me) sauve la mise (en plus du fait que le week-end on a notre propre voiture), c’est :

  • Uber – Oui cette entreprise est critiquable à souhait, mais il faut avouer que du point de vue de l’expérience client c’est imbattable. Dans un pays où la sécurité peut être parfois un souci , c’est hyper rassurant, de jour comme de nuit.
  • Le métro – OUI il y a un métro à SD ! 2 lignes flambant neuves Nord-Sud et Est-Ouest, d’une propreté toute singapourienne. Alors niveau tracé des lignes, on n’est pas sur des trajets très pertinents en ce qui me concerne, mais pour certains déplacements très spécifiques c’est tout bonnement formidable.

Sinon, ici, il faut pas se voiler la face, la voiture individuelle est reine (et par là veuillez comprendre soit Hyundai Sonata, soit énorme 4×4). Mais avant de juger, n’oublions pas que la moindre minute passée dehors à certaines heures signifie perdre des litres d’eau en sueur, un facteur à prendre en compte quand on veut/doit marcher.

En ce qui concerne les modes de transport alternatifs comme le vélo ou la mobylette (enfin je dis alternatifs, mais ils sont très prisés des Dominicains, et le mode d’emploi est le même que pour Phnom Penh, voyez la description ci-dessous) : on oublie au vu de la conduite acrobatique des locaux et de l’absence visible de tout code de la route (ou tout du moins, de son respect). À ce sujet, le Guinness (des records) (et non pas la Guinness qui ne peut pas établir grand chose du fond de sa pinte) a établi que la Rep. Dom. était le pays le plus dangereux du monde sur la route. Mais en faisant quelques recherches on tombe sur des classements bien différents. Quelqu’un aurait-il une réponse documentée à apporter ?

Maintenant : Phnom Penh

Comme d’habitude, Phnom Penh et Saint Domingue ont plus en commun qu’on n’y croirait: températures démentielles transformant toute marche à pied en bain de sueur, trottoirs inexistants, circulation chaotique, et systèmes D plus ou moins compréhensibles par les expats que nous sommes. Par contre, quand Géraldine parle de métro, là, elle me fait rêver.

Si je devais analyser la manière dont on se déplace au Cambodge, je dirais que le transport quotidien est une affaire individuelle alors que le transport longue distance est tout ce qu’il y a de plus collectif.

Pour aller d’une ville à une autre, il y a bien quelques compagnies aériennes internes (j’ai nommé le dernier arrivé « JC Airlines », surnommé « Jean Claude Airlines » par moi et l’hilarante communauté française), mais il y a surtout, SURTOUT, de très nombreux bus et mini-bus.

Pour emprunter un bus, il y a différents niveaux de maîtrise du pays:

  • Niveau 1 (étranger peureux) : se rendre sur les nouveaux sites de vente en ligne qui listent toutes les compagnies et tous les horaires, choisir son siège en ligne et payer par CB (avec bien 15% de frais supplémentaires)
  • Niveau 2 (étranger entreprenant) : réserver un mini-van privé avec chauffeur, puis polluer les forums Facebook d’expats pour trouver d’autres passagers pour compléter le véhicule et diviser les frais
  • Niveau 3 (étranger renseigné, ou cambodgien tranquille) : avoir une compagnie de bus préférée, leur téléphoner, assumer le coup de fil mi-anglais mi-flou, demander les horaires et réserver par téléphone
  • Niveau 4 (cambodgien avisé, big boss) : n’ayant pas encore atteint ce niveau, ma compréhension en est floue. Aller aux endroits connus pour être des départs de mini-bus à l’heure où on a décidé de partir, faire le tour des véhicules, négocier sa place et embarquer direct. Sur la route on voit souvent des mini-bus à moitié plein qui font des grands signes à tous les automobilistes pour qu’ils rejoignent la liste des passagers. J’avoue que quelque chose m’échappe : si j’ai l’intention de prendre un bus, pourquoi diable viendrais-je en voiture ?
    En tous cas au vu des mini-bus pleins que je croise sur la route, gros risque de se retrouver à 16 dans une voiture 9 places, avec une moto qui dépasse du coffre et une cargaison de gingembre sur le toit.

Il y a aussi le train, mais il ne relie que deux villes, que le week-end, et met deux fois plus de temps que les bus. Donc l’expérience est plus proche du train touristique de Saint-Malo que du Shinkansen.

En ville par contre donc, point de trains, point de métro, point de bus. Enfin si, le Japon a généreusement offert 5 bus publics qui sillonnent les plus grosses avenues de Phnom Penh. Je n’ai jamais eu l’occasion de monter dedans parce que je n’ai pas compris ni leurs horaires ni leur trajectoire. Et surtout parce qu’à Phnom Penh, comme le trafic c’est le bordel, plus on est gros moins on va vite. Donc en terme de temps de trajet, on a souvent vélo < moto < tuk tuk < voiture < 4×4 < mini-bus < bus. (je n’ai pas mis les piétons dans le classement parce qu’ils se sont fait écraser au bout de 10 mètres).

Ce classement est presque inverse à celui de la classe/réussite sociale: 4×4 > voiture > tuk tuk > moto > vélo.

Pour les cambodgiens, il y a donc principalement deux religions quand on doit se déplacer en ville:

  • La solution efficacité : la moto. Soit on prend un moto-dop (on monte derrière un mec), soit on a son propre engin qu’on peut au loisir partager avec 4 ou 5 membres de sa famille. En même temps, bien sûr. Fun fact: le casque est obligatoire uniquement pour le conducteur.
  • La solution prestige : le fat 4×4. E-no-r-me. Du style qui JAMAIS n’arriverait à faire un créneau à Paris. Du style les roues m’arrivent à la taille et ma tête dépasse à peine le pare-choc. Ca c’est la réussite sociale ultime. Ils passent leur vie coincés dans les bouchons, mais comme l’objectif est autant de se déplacer que de parader, alors ils restent zen.

Pour ma part, n’ayant aucun orgueil, j’opte pour le combo vélo / scooter. La ville est plate et les distances sont courtes, donc avec un bon casque et beaucoup de viligance, on survit. Mais la vraie maitrise du deux roues local, ça n’est pas remonter les files et jouer du klaxon. Non, non, c’est rester zen en toutes circonstances, et rigoler quand on manque de foncer dans quelqu’un. La dessus, j’ai encore un peu de boulot.

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