On vous parlait il y a peu des petits efforts mis en place pour réduire nos déchets. Géraldine s’est ralliée à la cause écologique il y a de ça des années. Pour moi, le cheminement a été plus long (Gé aime à dire qu’elle a « semé des graines dans ma tête »). Mais, alors qu’on prenait doucement de bonnes habitudes à Paris, voilà qu’on a déménagé sous les tropiques. Et alors là, plus d’Aroma Zone, plus de panier primeur, plus de compost, plus de Bon Coin… Alors comment on fait, au juste, pour continuer dans la bonne direction ? Comment continuer à essayer de faire un peu mieux alors qu’on ne comprend plus les règles du jeu ?

20161128_075638

Déjà, dans un pays en développement, se balader avec une paille en inox ou se faire des exfoliants aux flocons d’avoine n’est pas la priorité numéro 1 de la population. Et pourtant, l’explosion de la consommation « à l’occidentale » (comprendre produits importés et/ou suremballés), et les solutions publiques souvent insuffisantes rendent le problème gravissime. A Phnom Penh, ils ont été contraints de fermer une décharge géante à quelques kilomètres parce que les riverains n’arrêtaient pas de tomber malades. On voit bien cette décharge dans le documentaire « Les Pépites » (sur vos écrans depuis le 5 octobre, ALLEZ-Y), et ça ne donne pas vraiment envie de venir alourdir les camions poubelles cambodgiens. Pas d’incinérateur (à ma connaissance) ; on brûle les déchets à ciel ouvert ou on les ensevelit. Tout ça me fait dire que c’est peut-être justement ici qu’on doit être le plus conscient de ce qu’on jette.

Mais même avec toute la bonne volonté du monde, je me retrouve confrontée à tout un tas de nouveaux problèmes que je ne sais pas comment gérer. Erin Boyle (mon maître à penser) dit que le meilleur moyen de mieux consommer c’est de se trouver des alliés : des magasins, des endroits, qui font une partie du boulot pour nous. Qui choisissent les produits, qui nous facilitent la vie. Ici ce genre de tendances émergent un peu, surtout parmi la communauté étrangère, mais j’ai encore tout un tas de problèmes, de questions et d’interrogations sur les bras, que je ne sais pas comment résoudre.

Constatations, état des lieux, suggestions bienvenues.

Problème n°1 : l’eau non potable ou le dilemme santé vs. déchets
L’eau courante n’est pas potable… et l’eau minérale en bouteille est de retour à ma table. Heureusement, pour laver les légumes et faire de la soupe on a des espèces d’énormes bonbonnes d’eau purifiée de 20L qui sont re-remplies et réutilisées. Mais, parait-il, l’eau purifiée contiendrait zéro minéraux, donc il faudrait éviter de ne boire que ça. Je n’avais jamais eu autant de conversations sur les minéraux aquatiques que depuis que je vis ici, c’est un des sujets préférés des étrangers (et des riches).

Alors, comme je veux bien croire que je perds en minéraux ce que je produis en litres de sueur, on remplit le frigo de bouteilles d’1,5L d’eau minérale. Et après on jette les bouteilles. Dans notre poubelle unique. Qui va dans la poubelle unique de l’immeuble. Et en route vers l’inconnu.

Enfin… pas tout à fait. Certes, la ville ne propose aucun service de tri. Mais il y a des personnes, les « garbage pickers », qui récupèrent où ils peuvent (en les rachetant aux particuliers, dans la rue, directement dans les décharges) les matières recyclables, dont le plastique, pour les revendre. J’adorerais leur simplifier la tâche et leur mettre directement tout ce qu’ils peuvent récupérer à un endroit mais 1)je n’arrive pas à savoir ce qui se recycle ici (a priori que le carton et le plastique, mais ni le papier ni le verre) 2)je ne sais même pas si certains garbage pickers passent dans mon immeuble. J’en croise parfois dans la rue, ils ont une genre de grande charrette et un petit klaxon pour annoncer leur arrivée. Mais c’est rare que je me ballade avec ma poubelle de plastique sur le dos au cas où j’en croiserais un.

Problème n°2 : la peur de l’hygiène ou l’amour des emballages
La première question quand on fait ses courses ici : est-ce que ce que je vais acheter est safe sanitairement ? Une chaîne du froid approximative et des températures quotidiennes autour de 35°C, je vous laisse faire le calcul. Alors oui, les marchés débordent d’étals de viande qu’on pourrait embarquer directement dans un tupperware, mais pour l’instant l’odeur de l’allée a pris le pas sur mes convictions écologiques. Donc pour l’instant, c’est plutôt « barquettes de viande sous vide du supermarché ». C’est triste, c’est dix fois trop emballé, mais on a un peu plus confiance dans ce qu’on mange…
Dans lesmagasins, ça doit être chic de tout emballer. Même les carottes ou les oignons sont dans une barquette en polystyrène, sous film cellophane. Une ratatouille = une poubelle de déchets non recyclables.
La prochaine étape c’est de réussir à se familiariser un peu mieux avec les marchés. Bon, la viande c’est niveau 2, mais il y a quand même un million de produits en vrac : riz, lentilles, fruits secs, et même Miel Pops apparemment (je cherche encore).

Problème n°3 : la livraison à domicile ou le film du dimanche soir
En attendant de me sentir à mon aise dans les marchés, je suis encore un peu déboussolée quand il s’agit de préparer un repas. Les pâtes Barilla, il y a ce qu’il faut, mais dès qu’on veut ajouter de l’huile d’olive, des tomates, du fromage ou des olives, ça devient vite un repas de luxe. Ne parlons pas du jus d’orange ou des céréales (raison de plus pour dénicher ces fameux miel pops en vrac).

Et ici, il y a des équivalents Deliveroo puissance mille. On peut commander dans tous les restos de la ville et ils livrent en trente minutes pour 1$ maximum. Alors parfois, quand on se retrouve nez à nez avec notre frigo vide, on commande. Ça coûte le même prix que de cuisiner soi-même, et on n’a pas besoin de lever les fesses de son canapé. Et ça arrive avec des couverts en plastique, dans une barquette en plastique, dans un sac en plastique. Soupirs.

 

20161128_075927
Problème n°4 : la non-production locale ou le lait d’Australie
J’ai découvert ça la 1ère fois que j’ai mis les pieds dans un supermarché. Le cumin ? Des Etats-Unis. Le jus de fruits ? De Chypre. Le beurre ? De France. Le lait ? D’Australie. Le reste ? Thaïlande, Vietnam, Egypte, Turquie, Italie… Le Cambodge produit très très peu localement. Même l’électricité est importée (donc ça coûte une blinde, donc c’est très cher d’avoir des usines locales. CQFD). Même au marché, les fruits et légumes viennent massivement de Thaïlande et du Vietnam. Alors la consommation locale, pas facile.

Heureusement il y a quelques supers produits faits ici : le poivre de Kampot, le riz, le sucre de palme, le beurre de cacahuètes (une tuerie !), le café, l’huile de coco. Il y a aussi de plus en plus de gens qui lancent des business locaux, et même des marchés spéciaux le week-end qui regroupent ce genre d’initiatives. Il y a souvent des étrangers derrière, mais au moins ça a le mérite d’exister. On a donc déjà pu tester : le lait frais de la première ferme laitière du Cambodge, une boisson à base de probiotiques, et du sirop de citron vert (la base de notre alimentation donc).

Problème n°5 : les habitudes des gens ou les serviettes qui n’essuient pas
Tout simplement, quand on vit quelque part où les gens ne se posent pas les mêmes questions que nous, c’est plus difficile. Les serviettes des restaurants sont à usage unique (un essuyage, pas un repas. Soit 6-7 serviettes par repas), on retrouve les mêmes pour se sécher les mains au boulot, les cafés trouvent que c’est le chic ultime de servir les boissons dans un verre en plastique (il y a même des petits sacs en plastique spécial verres en plastique pour la vente à emporter. Des poignées en fait). Emballer = prouver que c’est propre.

20161125_084542
Le vent commence à tourner puisque les centres commerciaux affichent tous une campagne « Say no to plastic bags on week-ends ». Je n’ai vu personne le faire, mais quand je refuse un sac plastique en général la vendeuse rigole et me ressort le slogan. Donc ça rentre quelque part.

En bref, un sacré chantier, parfois beaucoup de culpabilité, plein de nouvelles habitudes à prendre, et plein de questions auxquelles répondre !

NDLRSD (Note de la rédaction à Saint Domingue) (= Géraldine) : j’ai à peu près exactement les mêmes problèmes donc absolument toutes toutes TOUTES vos suggestions sont les bienvenues !